Les enfants de plus en plus touchés par la crise en France

SOCIETE Plus d'un enfant sur cinq est aujourd'hui en situation de pauvreté économique en France. Les associations tirent la sonnette d’alarme à l'occasion de la journée mondiale des droits de l'enfant...

Claire Planchard

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Les "bébés" Restos du Coeur crées pour répondre  aux problemes spécifiques des parents et futurs parents.
Les "bébés" Restos du Coeur crées pour répondre aux problemes spécifiques des parents et futurs parents. — DESSONS/JDD/SIPA

«Une situation alarmante». Le Comité national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) a lancé l’alerte dès le mois de juillet dans un avis dénonçant la montée préoccupante de la pauvreté parmi les enfants en France. Selon l’Insee, la part des enfants vivant dans une famille dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté (964 euros/mois) est passé de 17,7% entre 2009 à 19,6% en 2010 et «tout laisse à penser que la hausse s’est poursuivie en 2011 et 2012», estime le CLNE qui craint que le nombre d’enfants pauvres approche désormais les 3 millions en France métropolitaine.

Selon l’Observatoire du Samu social de Paris, 22.000 personnes en famille, dont 50% d’enfants ont ainsi été hébergés en urgence par ses services en 2012, contre près de 11.2000 en 2010, avec des enfants en bas-âge surreprésentés parmi les mineurs (50% ont moins de 5 ans et 25% moins d’un an). «Dans ces situations de grandes précarité, tous les parents nous disent se priver pour que leurs enfants réussissent à faire trois repas par jour. Mais quand un enfant doit suivre ses parents de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel cela rejaillit sur sa vie», observe Marie-Aleth Grard, vice-présidente d’ATD Quart Monde. Un enfant dont les parents ont de gros soucis en tête ne peut pas bien apprendre à l’école, surtout quand l'enseignant ne peut comprendre ce qu’il vit. Tisser des liens avec d’autres enfants est aussi plus difficile: certains m’ont dit n’être jamais invités aux goûters anniversaires parce qu’ils ne peuvent pas apporter de cadeaux. Cela peut être très violent», poursuit-elle.

Spirale d’exclusion

«Au-delà des indicateurs de pauvreté économique calculés sur la base des revenus déclarés des parents, les enfants les plus défavorisés en termes de privations ou de bien être -dans leur alimentation, leur logement ou leur sécurité - sont aussi les moins intégrés socialement dans les différentes sphères de la famille, de l’école, de leur quartier», confirme le sociologue Serge Paugam auteur de la première consultation nationale menée par l’Unicef auprès de 22.500 enfants français à l’occasion de la Journée mondial des droits de l’enfants.

«7% des enfants consultés présentent même un cumul avancé de difficultés et une situation d’intégration très précaire qui augmentent leur risque de décrochage scolaire et menacent ainsi de les entrainer dans une spirale d’exclusion en augmentant leur difficulté à s’intégrer sur le marché de l’emploi mais aussi en les privant d’assurance dans leurs relations avec les institutions», poursuit-il.  «Cela pose la question de la reproduction des inégalités et appelle la mise ne place de politique préventives plus ambitieuses et coordonnées. Car si on ne fait pas de place à ces enfants, c’est toute la société qui est menacée de fracture», plaide-t-il.