Russie: les chiffres de la croissance douchent les espoirs de redémarrage

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La croissance de l'économie russe en 2013 sera "très probablement" inférieure à la prévision du gouvernement de 1,8%, qui devrait être revue autour de 1,5%-1,6%, a estimé mercredi le ministre de l'Economie.
La croissance de l'économie russe en 2013 sera "très probablement" inférieure à la prévision du gouvernement de 1,8%, qui devrait être revue autour de 1,5%-1,6%, a estimé mercredi le ministre de l'Economie. — Na Son-Nguyen Pool

La Russie a enregistré une croissance de 1,2% au troisième trimestre par rapport à la même période un an plus tôt, douchant les espoirs de redémarrage d'une économie en stagnation, de l'aveu même des autorités.

Cette première estimation, publiée mardi par l'institut des statistiques Rosstat, confirme le net ralentissement de l'économie russe cette année.

Le produit intérieur brut du pays avait augmenté de 1,6% sur un an au premier trimestre et de 1,2% au deuxième, des performances bien plus faibles que celles des années 2012 (3,4%) et 2011 (4,3%).

«C'est une mauvaise surprise, parce qu’on anticipait que la croissance allait accélérer en deuxième partie de l’année», commente Natalia Orlova, d'Alfa Bank.

«Le problème, c'est qu'on ne voit pas clairement comment le gouvernement pense soutenir la croissance économique et maintenir la compétitivité», poursuit l'économiste, interrogée par l'AFP.

Le ministère de l'Economie avait averti fin octobre s'attendre à une telle déception qui révèle, selon lui, un état de «stagnation».

Inespérés pour la plupart des pays européens, les rythmes de croissance actuels ne suffisent pas en effet à moderniser le pays et à remplir les promesses de campagne faites en 2012 par Vladimir Poutine pour élever le niveau de vie de la population.

Le ralentissement actuel a déjà des conséquences concrètes: chute de la production de métaux ou encore repli très net du marché automobile russe, sur lequel les grands constructeurs occidentaux placent d’importants espoirs.

La faible performance du troisième trimestre signifie aussi que l'objectif actuel du gouvernement d'une croissance de 1,8% sur 2013 (il prévoyait 3,6% en début d'année) sera difficile à tenir. Il constituerait le plus faible taux de croissance enregistré par le pays depuis la crise de 2008-2009, bien loin des 7% de croissance en moyenne observés entre 2000 et 2008.

«Les prévisions pour 2013 seront probablement encore révisées d'ici à la fin de l’année», estime Igor Nikolaev, analyste pour la société de conseil FBK, ajoutant que la prévision actuelle de 3% pour 2014 relève de la «fantaisie».

«Pour atteindre un tel résultat, il faudrait que l'économie accélère nettement, mais les facteurs de ralentissement sont toujours là», explique-t-il.

«Inquiétudes»

Jusqu'à présent, les autorités ont surtout mis ce ralentissement sur le compte de la conjoncture internationale, avec la crise en zone euro où se trouvent les principaux partenaires commerciaux de la Russie et les turbulences traversées par les marchés émergents.

Mais le gouvernement a semblé reconnaître la semaine dernière que l'économie subissait un ralentissement structurel, et non seulement conjoncturel, réduisant ses prévisions de croissance jusqu'en 2030, à 2,5%-3% en moyenne et non 4%-4,2%.

Pour de nombreux experts en effet, l'économie russe a bénéficié au début des années 2000 de l'envolée des cours des hydrocarbures, qui dominent largement son activité, et pouvait alors compter sur les capacités de production inutilisées datant de la période soviétique.

Mais celles-ci fonctionnent désormais à plein régime et le pays doit, selon ces économistes, se réformer pour permettre les investissement nécessaires pour dégager de nouvelles capacités de production, et augmenter la productivité du travail.

La première banque du pays, Sberbank, a annoncé mardi qu'elle prévoyait de supprimer 30.000 postes, soit plus de 10% de ses effectifs, afin d'atteindre son objectif de doubler son bénéfice d'ici à cinq ans.

Pour les économistes de Capital Economics, les chiffres de la croissance «devraient renforcer les inquiétudes que le ralentissement de la première économie de la partie émergente de l'Europe va durer plus longtemps que prévu».

«La première source d'inquiétude, c'est sans doute qu'on voit peu de signes indiquant que le rééquilibrage de la croissance vers plus d'investissement et moins de consommation», ont-ils ajouté.