Derrière l'envol de Twitter, la question d'une possible bulle

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L'euphorie autour des débuts à Wall Street de Twitter alimente les questions sur une potentielle nouvelle "bulle" internet autour des réseaux sociaux, même si les analystes relativisent ce risque.
L'euphorie autour des débuts à Wall Street de Twitter alimente les questions sur une potentielle nouvelle "bulle" internet autour des réseaux sociaux, même si les analystes relativisent ce risque. — Andrew Burton Getty Images

L'euphorie accompagnant les débuts à Wall Street de Twitter alimente les questions sur une potentielle nouvelle «bulle» internet autour des réseaux sociaux, même si les analystes relativisent ce risque.

L'action Twitter a bondi de plus de 70% au cours de sa première séance de cotation jeudi, une frénésie qui peut rappeler l'engouement de la fin des années 1990 pour les start-up internet. Cela avait conduit à des valorisations boursières totalement déconnectées de la réalité et à un réveil douloureux avec l'éclatement de cette bulle en 2000.

«Il y a des réminiscences de la bulle internet, mais cette fois-ci les entreprises ont l'air réelles, donc je ne pense pas que ça éclate», commente Michael Pachter, un expert des valeurs technologiques pour la société d'investissement Wedbush Securities, invoquant les exemples de Facebook et LinkedIn.

Facebook, le premier réseau social mondial, qui avait raté ses débuts sur le marché l'an dernier, a bien redressé la barre et enregistre depuis plusieurs trimestres des bénéfices et des progressions de ses revenus publicitaires. Les résultats du réseau professionnel LinkedIn semblent aussi confirmer la viabilité de son modèle d'activité.

Twitter pour sa part «doit montrer qu'il peut faire croître ses revenus et sa rentabilité dans les prochains un ou deux ans», pointe toutefois Trip Chowdhry, analyste chez Global Equities Research, pour qui, à l'heure actuelle, «Twitter est une bulle».

D'autres analystes estiment aussi que les gains de l'action ne sont pas tenables sur la durée et conseillent déjà aux investisseurs de s'en débarrasser. Certains actionnaires ont d'ailleurs encaissé leurs bénéfices vendredi: le titre «TWTR» a perdu 7,24% pour clôturer à 41,65 dollars.

Pas assez d'importance accordée aux bénéfices

Pas assez d'importance accordée aux bénéfices

La société de recherche Hudson Square fait partie de ceux qui recommandent de vendre l'action. Elle juge vendredi dans une note le réseau «survalorisé» à plus de 600 fois son rendement d'exploitation (Ebitda) anticipé pour cette année. Twitter accumule les pertes mais affiche une capitalisation boursière de 22,7 milliards de dollars.

Pour Hudson Square, «dans la discussion sur la valeur de Twitter, l'accent a été trop mis sur des paramètres comme le chiffre d'affaires et le nombre d'utilisateurs, et pas assez sur les bénéfices».

Cela fait écho aux propos mercredi de la présidente du gendarme boursier américain (SEC), Mary Jo White, qui s'était inquiétée d'un intérêt peut-être démesuré pour des valeurs technologiques à la rentabilité incertaine.

Loin du pic de 1999

«Nous sommes dans une période où les investisseurs sont davantage focalisés sur les opportunités de croissance que sur les risques», relève pour sa part Lou Kerner, fondateur de la société d'investissement Social Internet Fund.

L'exemple de Twitter pourrait en outre encourager d'autres start-up à se lancer en Bourse, comme Square, la société de paiement par téléphone portable de Jack Dorsey, un des cofondateurs du réseau social, ou du site de partage de photos Pinterest.

Selon la société Dealogic, depuis début 2013, 41 entreprises technologiques ou internet ont fait leurs premiers pas sur le marché américain, levant au total 7,8 milliards de dollars. En 2012, 25 entrées en Bourse avaient permis de lever 20,5 milliards de dollars --dont 16 pour le seul Facebook. Mais ces chiffres restent loin du pic de 1999 avec 373 introductions pour 39,9 milliards de dollars de recettes.

Lee Munson, responsable des investissements pour la société de gestion d'actifs Portfolio, relativise aussi la portée de l'envolée de Twitter lors des premières cotations: après Facebook, dont le cours fixé très haut avait déçu en stagnant le premier jour avant de s'effondrer dans les suivants, les banques pilotant l'opération «devaient s'assurer que (Twitter) soit suffisamment bon marché pour avoir un pic (le premier jour), afin que le grand public soit impressionné».

«Si j'étais propriétaire de Twitter, je serais dégoûté», reconnaît-il: un tel engouement montre que les actions du réseau social auraient trouvé preneur à un prix plus élevé que celui qui a été fixé, ce qui aurait permis à la société d'encaisser des recettes plus confortables.