Entrée de Twitter en Bourse: Les petits porteurs exclus de la fête

Philippe Berry

— 

La façade de Wall Street, le 7 novembre 2013, pour l'introduction en Bourse de Twitter.
La façade de Wall Street, le 7 novembre 2013, pour l'introduction en Bourse de Twitter. — M.LENNIHAN/AP/SIPA

Une introduction en Bourse (IPO) est toujours un événement très VIP. C'est encore un peu plus vrai pour Twitter, qui grimpe de 80% à Wall Street, jeudi, mais les analystes financiers mettent en garde les petits porteurs qui voudraient tenter leur chance après le bang initial.

Twitter a mis peu d'actions sur le marché. Au total, l'entreprise n'a levé que 1,82 milliard de dollars, contre 16 milliards pour Facebook en 2012. «Il y a eu une volonté de créer de la demande», expliquait à 20 Minutes Scott Kessler, analyste de S&P Capital IQ. Et parce que ce qui est rare est souvent convoité, les banques choisies par Twitter pour son introduction, Goldman Sachs, Morgan Stanley et JPMorgan Chase, réservent le gâteau à leurs plus gros clients: fonds de placement, investisseurs institutionnels et quelques milliardaires. Le petit porteur, lui, ne peut en général qu'investir indirectement dans des fonds achetant des titres technologiques, mais la performance d'une IPO est diluée par les autres valeurs du panier.

Double discours des banques

Maintenant que l'envol initial est passé, Twitter est cher. Avec une capitalisation de plus de 30 milliards de dollars, le réseau vaut plus que Tesla ou Netflix, et environ quatre fois moins que Facebook. Sauf que Twitter perd toujours et l'argent et devrait rester dans le rouge jusqu'à au moins 2015, selon Bank of America. Google, Facebook ou LinkedIn, eux, étaient tous bénéficiaires lors de leur entrée en Bourse. Amazon, en revanche, gagne à peine d'argent mais séduit les investisseurs sur son potentiel futur.

Alors que les dépenses de Twitter restent élevées, les investisseurs vont surtout regarder de près la croissance de ses revenus publicitaires. Et à ce jeu, Goldman et ses camarades tiennent un double discours. Publiquement, ils tablent sur une hausse de 80% l'an prochain, puis de 58% en 2015. Mais en privé, ils auraient dit à leurs clients privilégiés, selon le Wall Street Journal, que la croissance pourrait être plus faible, respectivement à 55% et 32%. Cette malhonnêteté avait valu des poursuites judiciaires à Morgan Standley lors de l'IPO de Facebook. L'établissement avait dû verser une amende de 5 millions de dollars à l'Etat du Massachusetts –une paille à côté des 176 millions de dollars empochées en commissions lors de l'introduction.

Une correction commune dans les 6-12 mois

Désormais, l'action Twitter devrait a priori baisser au cours des prochaines semaines, alors que les premiers investisseurs prendront leurs plus-values. A quelle valeur sera-t-elle une bonne affaire? Dur à dire alors que les 26 dollars du prix d'introduction étaient, selon le consensus, vus comme une valorisation «juste» de l'entreprise.

Restent les comparaisons. Introduit à 45 dollars mi-2011, LinkedIn avait flambé à 95 dollars (+110%) à l'ouverture. Le titre avait ensuite baissé jusqu'à 60 dollars au cours des six premiers mois et a triplé depuis. Pour Yelp, en 2012: IPO 15 dollars, clôture à 24 dollars (+64%), puis baisse jusqu'à 15 dollars au cours de la première année, et un cours multiplié par quatre en 2013. Facebook avait été divisé par deux au cours de la première année avant de refaire tout son retard depuis. A l'inverse, Groupon et Zynga avaient bien commencé avant de s'écrouler.

Le conseil de Scott Kessler aux petits porteurs, français ou américains: garder un œil sur Twitter au cours des six prochains mois afin de voir où vont l'action et surtout les bénéfices de l'entreprise. Selon S&P Capital IQ, le site a des «opportunités de croissance immenses» mais une «incertitude considérable» plane sur son business model.