BCE: Pourquoi la baisse des taux est une bonne nouvelle pour vous

Mathieu Bruckmüller

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La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi de baisser son principal taux directeur à 1,25% face aux menaces de récession économique, mais s'est une nouvelle fois refusée à jouer les remparts contre la contagion de la crise de la dette dans la zone euro.
La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi de baisser son principal taux directeur à 1,25% face aux menaces de récession économique, mais s'est une nouvelle fois refusée à jouer les remparts contre la contagion de la crise de la dette dans la zone euro. — Daniel Roland afp.com

Cette baisse-là, aucun observateur ne l’avait vu venir. La Banque centrale européenne (BCE) a tiré une grosse cartouche jeudi après-midi: la diminution d’un quart de point de son principal taux directeur à 0,25%, un nouveau plus bas historique. Une décision qui n’est pas sans conséquences.

Parce que cela va sauver des emplois…

La vigueur de l’euro par rapport au dollar est régulièrement fustigé par les politiques car elle handicape un peu plus la compétitivité des entreprises de la zone euro à l’export pour donner un avantage aux produits importés. «Une hausse de dix centimes de l’euro par rapport au dollar, c'est un milliard de chiffre d'affaires en moins pour EADS», rappelait récemment le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici. Son collègue Arnaud Montebourg affirme estime même que «10% en plus ou moins de l'euro, pour un pays comme la France, c'est 150.000 emplois en plus ou en moins». Le geste de la BCE a fait chuter dans la foulée la monnaie unique  à son plus bas niveau depuis la mi-septembre face au dollar, en dessous de 1,34 dollar, contre 1,38 la semaine dernière, tout en faisant grimper les indices boursiers.  

«Le seul problème est que l’impact de ce nouvel assouplissement monétaire et de la baisse de l’euro sur l’activité et l’emploi ne se produira que dans six à neuf mois. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui explique l’apparent paradoxe entre la remontée des marchés boursiers et la poursuite des plans de licenciements. Les premiers anticipent effectivement les améliorations à venir, tandis que les seconds sont la conséquence de la faiblesse économique passée. La question reste donc de savoir si les pays de la zone euro auront les moyens de patienter encore six à neuf mois sans plonger dans la crise sociétale», tempère l’économiste Marc Touati du cabinet ACDEFI , qui salue malgré tout le geste de la BCE  comme une «excellente nouvelle», qui va «sauver des emplois».

Dos au mur alors que la crise économique s’éternise depuis 2008 et entraîne une recrudescence des mouvements sociaux qui s’étend de l’Europe du sud (Grèce, Espagne, Portugal) à la France face à l’avalanche des suppressions d’emplois, l’institution de Francfort se devait donc d’agir.

Parce que ça va éviter la hausse des taux de crédit..

Pour le président du courtier meilleurtaux.com, Hervé Hatt, l'annonce de la BCE permet «de confirmer qu'on ne devrait pas assister à la remontée des taux de crédit immobilier que l'on craignait il y a quelques mois. Cette décision devrait en outre inciter les banques à continuer à accorder des crédits, même si la volonté de prêter est bien là. C'est un signal très positif pour le marché», poursuit Hervé Hatt. Pour un emprunt immobilier, le taux moyen sur vingt ans est actuellement de 3,39%.

Parce que ça va éviter la déflation…

L’inflation, qui a pointé en octobre à 0,7% en zone euro, son niveau le plus bas depuis 2009, est largement en dessous du niveau jugé souhaitable par la BCE, d'un peu moins de 2%. A  première vue, la baisse des prix est une bonne nouvelle pour les ménages qui donne un soutien au pouvoir d’achat malmené par les hausses d’impôts et les faibles revalorisations salariales.

Mais c’est le reflet d’une économie en mauvais état, car qui dit prix bas, dit marges des entreprises plus faibles avec un risque de destruction d’emplois. Un cercle vicieux susceptible de ralentir encore plus l’économie et qui peut finir en déflation. Le Japon qui a connu le phénomène dans les années 1990 commence tout juste à en sortir.

Le président de la BCE Mario Draghi a prévenu jeudi que la zone euro était potentiellement au seuil d'une «période prolongée d'inflation basse», mais indiqué cependant ne pas anticiper de déflation. Et la baisse de son principal taux directeur aujourd’hui pourrait bien permettre d’éviter ce scénario en relançant l’activité.