La Redoute: Un lent déclin programmé?

SOCIAL Ce jeudi, les salariés de La Redoute vont manifester à Lille pour sauver les emplois...

Gilles Durand

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Environ 1.200 salariés de La Redoute manifestent à Lille
Environ 1.200 salariés de La Redoute manifestent à Lille — M.Libert/20 Minutes

La Redoute n'a jamais aussi bien porté son nom. Ce jeudi, les salariés en grève vont défiler dans les rues de Lille pour afficher leur crainte en l'avenir de leur entreprise. Fait inhabituel, les cadres vont se joindre au mouvement. Le groupe Kering, propriétaire de l'entreprise roubaisienne de vente à distance, a annoncé la cession prochaine de l'enseigne.

Investissement mal orienté

«Nous n'avons aucune visibilité sur ce que va devenir La Redoute, déplore Jean-Christophe Leroy, délégué CGT. En vingt ans, la famille Pinault a transformé un fleuron industriel en entreprise qui va droit dans le mur.» Un constat partagé par Martine Aubry, présidente de Lille Métropole. «Depuis 2008, les dirigeants avaient la possibilité de moderniser l'outil de production. Ils ont laissé La Redoute s'enfoncer», a-t-elle dénoncé, lundi. «Nous avons investi 100 millions d'euros dans cette modernisation lors des cinq dernières années, mais il fallait aussi combler les pertes annuelles de 30 à 40 millions», souligne la direction de Kering.

Comment en est-on arrivé là? «Nous avons vite fait face à la concurrence des magasins de vêtements ouverts dans les petites villes», avoue la direction. Pour Louis Marcy, délégué CGC, l'investissement a été mal orienté: «Notre modèle commercial est en cause: on a supprimé des magasins alors que nos concurrents en créaient». Le virage d'Internet? «Il a été bien pris, mais le système informatique est obsolète», note-t-il. Le premier site de la Redoute date de 1994 et, aujourd'hui, 85% du chiffre d'affaires est réalisé sur la Toile. Pierre de Saintignon, vice-président (PS) à la région, enfonce le clou: «Les moyens en formation, proposés par la région, ont été trop peu utilisés.»

■ Une reprise sous tension politique

Une réduction d'effectif d'au moins 700 personnes. Dans un contexte électoral, l'annonce, la semaine dernière, a fait monter au créneau les maires de Lille, Roubaix et Tourcoing pour dénoncer sa «brutalité». D'après Kering, ce plan social, réclamé par les repreneurs, ne sera pas mis en place avant la reprise effective de La Redoute. «Nous nous engageons à couvrir les pertes financières et les mesures sociales des prochaines années», assure Kering.