Pourquoi la France construit de moins en moins de logements

Céline Boff

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Chantier de construction à Roubaix.
Chantier de construction à Roubaix. — BAZIZ CHIBANE/SIPA

«J’agirai pour que soient construits au cours du quinquennat 2,5 millions de logements.» C’était l’engagement n°22 du candidat François Hollande. Pour tenir cette promesse, 500.000 logements devraient sortir de terre chaque année. La France est loin de soutenir cette cadence. Depuis 2012 au contraire, le rythme de construction ne cesse de décélérer. Et la tendance ne s’inverse pas, comme le confirment les dernières statistiques du ministère du Logement.

Celles-ci montrent qu’entre octobre 2012 et septembre 2013, le nombre de logements neufs mis en chantier a reculé de -11,1%, à 341.808 unités. Quant au nombre de permis de construire, indispensables sésames pour débuter de nouvelles constructions, il chute de façon encore plus prononcée, avec un repli de -27,9%.

Climat de défiance

Comment expliquer un tel ralentissement? Les professionnels l’attribuent avant tout au climat de défiance qui règne dans le pays: «Comme les Français n’ont pas le moral, ils ne se projettent pas dans l’avenir et retardent par conséquent leur projet d’achat», analyse Didier Ridoret, président de la Fédération française du bâtiment (FFB).

Les outils pour accéder à la propriété semblent également mal pensés, à commencer par le prêt à taux zéro (PTZ+). «Il est surtout taillé pour les catégories sociales les plus basses, mais ce ne sont pas celles qui achètent le plus. Le PTZ+ ne favorise pas assez les classes moyennes car il ne prévoit pas une durée de remboursement suffisamment longue», poursuit Didier Ridoret.

40.000 emplois menacés cette année

Si les primo-accédants se font plus rares, certaines mesures dissuaderaient également les investisseurs assurent les professionnels de l’immobilier. Ils citent notamment l’encadrement des loyers ou la garantie universelle des loyers, deux propositions contenues dans le projet de loi sur le logement, défendu par la ministre Cécile Dufflot.

Le ralentissement du rythme de la construction de logements neufs ne serait en tout cas pas lié à la structuration du secteur du bâtiment. «Nous sommes actuellement calibrés pour édifier 500.000 logements par an, mais en 2013, nous en construirons tout au plus 335.000», souffle Didier Ridoret. Ce qui ne sera pas sans conséquence sur l’emploi: le bâtiment devrait perdre cette année 40.000 postes.