Placé quatre mois en redressement judiciaire, «Hédiard ne peut pas disparaître»

LUXE Le PDG de l'épicerie de luxe Jean-Paul Barat a reçu «20 Minutes» dans son magasin parisien de la place de la Madeleine ce jeudi, juste après la décision du tribunal de commerce de Paris...

Claire Planchard
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La boutique Hédiard, place de la Madeleine à Paris.
La boutique Hédiard, place de la Madeleine à Paris. — ERIC PIERMONT / AFP

On était venu parler pertes financières et recherche de repreneur, mais ce jeudi après-midi à peine une heure après le placement en redressement judiciaire de son groupe, Jean-Paul Barat lui restait intarissable sur l’esthétique et l’excellence de ses pâtes de fruits, «spécialités historiques de la marque depuis 1854». Ses 150 variétés de thés, ses cafés d’exception, vendus pour certains d’entre eux 200 à 350 euros /kg, sa cave de vins et d’alcools «aux produits exclusifs» ou son nouveau logo lancé il y a six mois en hommage à «l’exotisme de Ferdinand Hédiard». «On entre en redressement judiciaire mais l’activité continue: nous avons très hâte de préparer les fêtes de fin d’année qui sur trois mois représentent 46% de nos ventes annuelles. Maintenant, notre priorité est de trouver un partenaire qui ait des affinités avec la marque pour nous accompagner: Hédiard existe depuis 160 ans, c’est un emblème de l’épicerie fine française, il ne peut pas disparaître», assurait jeudi le PDG de l’épicerie fine.

«Une opportunité pour repartir de l’avant»

Selon une source proche du dossier, cette période de quatre mois est «un délai habituel qui devrait permettre à l’administrateur d’avoir une vision claire du dossier» mais aussi de se diriger «vers un plan de continuation adossé à un autre investisseur». Une option aujourd’hui privilégiée à un plan de cession. «Trois repreneurs potentiels, deux français et un Moyen-Orient - ont déjà approché l’enseigne. Et le prestige d’Hédiard est tel que des fonds, des industriels de l’alimentaire ou de l’alimentation ou même des géants du du luxe ne peuvent pas ne pas regarder le dossier», expliquait cette même source.

Lâché par son actionnaire russe milliardaire Serguei Pougatchev, qui essuyait les pertes d’Hédiard depuis six ans, Jean-Paul Barat n’a pas eu d’autre choix que de placer l’entreprise en cessation de paiement lundi. Mais son plan de redressement lancé depuis fin 2011 pour «réveiller» la marque «endormie» reste pour lui plus que jamais d’actualité. «Cette étape est une opportunité de répartir de l’avant et de poursuivre notre stratégie», a-t-il estimé. Après avoir divisé le nombre de références par deux pour recentrer le cœur de gamme «sur l’ADN d’Hédiard» et privilégier des produits rares issus de ses filières de production, le groupe continue à accélérer son développement à l’international, Asie, Amérique latine et Moyen-orient en tête, avec un nouveau concept porteur de café-boutiques. «J’ai signé mardi un contrat avec un partenaire du Moyen-Orient pour ouvrir entre 12 et 20 franchises. Et nous venons d’ouvrir 3 points de vente à Hong Kong. C’est l’avenir d’Hédiard», soutient Jean-Paul Barat. Pour l'exercice en cours, la direction prévoit un chiffre d'affaires de 17,5 millions d'euros et un nouveau déficit, mais «les pertes se réduisent», affirme une source proche du dossier, qui rappelle que la direction s’était fixé un retour à l’équilibre financier dans deux ans.