PSA: Un accord de compétitivité pour embellir la mariée?

AUTOMOBILE Alors que le constructeur recherche activement de nouveaux partenaires financiers, quatre des six organisations syndicales signeront jeudi le «nouveau contrat social» négocié depuis mai avec la direction...

Claire Planchard

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Chaine d'assemblage d'automobiles dans une usine Peugeot à Poissy (Yvelines).
Chaine d'assemblage d'automobiles dans une usine Peugeot à Poissy (Yvelines). — V. WARTNER / 20 MINUTES

C’est plié. A la veille de sa mise en signature officielle jeudi en Comité central d’entreprise extraordinaire, la direction de PSA est d’ores et déjà assurée de faire valider son «nouveau contrat social» «conciliant les impératifs de compétitivité du groupe et les intérêts des salariés».

«L’horizon s’éclaircit au-delà de 2016»

Le rejet surprise de la CFDT ce mardi (13,7% des voix au comité d’entreprise) dans le sillage de celui de la CGT (22,3%) ne suffira pas à renverser la vapeur: les signatures annoncées par la CFTC (11,7%), la CFE-CGC (17,3%), le syndicat maison SIA (14,2%) et FO (18,4%) apporteront plus que les  30% des voix nécessaires à la validation du texte. Mais aussi que les 50% requis pour priver la CGT et la CFDT, de leur droit opposition.

«Il faut bien avoir en tête la perte de compétitivité continue de PSA et la crainte pour l’avenir de tous les salariés: quand on a engagé ces négociations l’objectif était d’éviter des situations douloureuses comme celles d’Aulnay et de Rennes. Aujourd’hui, avec cet accord, l’horizon s’éclaircit au-delà de 2016 tout en assurant des incontournables (maintien des ressources et des RTT, garantie des sites, etc.)», a salué ce mardi Serge Maffi, le délégué central du SIA.

Engagée par PSA dans la foulée de l’accord de compétitivité conclu chez de Renault et de l’Accord national sur l’emploi, cette négociation aura nécessité pas moins de treize réunions. Côté concessions, les syndicats ont accepté le maintien des gels des salaires en 2014, et une plus grande flexibilité horaire. En échange, la direction s’est engagée à augmenter la production et à lancer un nouveau modèle dans chacune de ses usines françaises (Rennes, Poissy Mulhouse et Sochaux) d’ici 2016. Ainsi qu’à  maintenir 75% de l’activité de R&D en France et de tous les sites de développement français.

«Un préalable» à une recapitalisation

Au lendemain du plan de restructuration entamé mi -2012 (départ de plus 11.000 personnes, fermeture d’Aulnay, et réduction des capacités de Rennes), elle espère ainsi dégager 100 millions d’euros d’économies supplémentaires par an.

Une bouffée d’air pour le constructeur, qui acculé financièrement par la chute du marché automobile européen, cherche par tous les moyens d’endiguer l’hémorragie de cash et de dégager de nouvelles marges de manœuvre financières pour rester dans la course à l’innovation. Y compris par des partenariats financiers.

Entrée au capital de l’Etat, prise de contrôle par son partenaire chinois Dongfeng, vente de PSA banque: les rumeurs se sont ainsi succédé pendant les six mois de négociation. Et ont pesé dans la balance pour les syndicats signataires.

«Dans un contexte où selon nous les deux seules issues possibles sont le dépôt de bilan, ou la recapitalisation, cet accord était un préalable pour l’arrivée d’un partenaire financier, qui à mon avis sera bouclée avant Noël», a estimé mardi Christian Lafaye, délégué central de FO.

«Signer cet accord permet d’apporter la démonstration qu’il existe dans PSA des organisations syndicales capables d’accompagner des réformes mêmes douloureuses pour conserver la compétitivité. C’est un signal plutôt positif vers l’extérieur», confirmait Serge Maffi.

«Ils sont en train de doter la mariée, mais la robe est trouée, a réagi pour sa part Ricardo Mareira, délégué central CFDT, opposé au contrat. On ne nie pas les difficultés de l’entreprise mais il ne faut pas non plus dénier celles des salariés. Cet accord leur demande des efforts trop importants et garantit la pérennité des sites, mais pas des emplois qui vont avec.»