Secret bancaire: le Luxembourg se prépare à changer de modèle

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Treizième place financière mondiale et deuxième centre international de fonds d’investissement après les États-Unis, le Luxembourg est en quête d’un nouveau modèle en raison de la disparition programmée du secret bancaire, à l’origine de sa prospérité économique.
Treizième place financière mondiale et deuxième centre international de fonds d’investissement après les États-Unis, le Luxembourg est en quête d’un nouveau modèle en raison de la disparition programmée du secret bancaire, à l’origine de sa prospérité économique. — Georges Gobet AFP

Treizième place financière mondiale et deuxième centre international de fonds d’investissement après les États-Unis, le Luxembourg est en quête d’un nouveau modèle en raison de la disparition programmée du secret bancaire, à l’origine de sa prospérité économique.

Le secteur financier assurait encore en 2008, avant la crise financière, près de la moitié des recettes fiscales du pays.

Les banques du Grand-Duché cherchent d’abord à se défaire de l’image de centre financier offshore, de paradis fiscal peu regardant sur la provenance des capitaux et de sanctuaire de la fraude fiscale en Europe.

«Notre place financière ne vit pas de l’argent noir ni de la fraude fiscale», s’était défendu le Premier ministre Jean-Claude Juncker au printemps en annonçant que son pays allait assouplir le secret bancaire et accepter l’échange automatique d’informations fiscales à partir du 1er janvier 2015.

Pour autant, cette décision a créé une onde de choc sur la place financière luxembourgeoise, et provoqué des départs massifs de capitaux de clients étrangers. «L’incidence précise sur la place financière est à l’heure actuelle incertaine», a estimé la Banque centrale du Luxembourg, dans un rapport publié début octobre.

Un célèbre avocat fiscaliste a estimé que plus de la moitié des quelque 120 banques du pays actives dans la gestion privée pourraient disparaître.

La Banque centrale juge d’ailleurs que la hausse de 9% du produit net bancaire au premier semestre ne doit pas «faire illusion», car cette progression est en partie liée à l’orientation positive des marchés boursiers mondiaux.

Nouveaux acteurs

Le passage du Luxembourg à l’échange automatique d’informations à partir du 1er janvier 2015 sur les comptes détenus par les non-résidents oblige dès maintenant les banques du pays à faire du nettoyage. Les établissements ne conservent que les clients qui ont déclaré à leurs autorités fiscales l’existence de leurs comptes au Luxembourg. Les autres sont priés de partir.

Plusieurs défis attendent la banque privée luxembourgeoise, qui a la réputation d’avoir essentiellement des clients moyennement fortunés, avec des avoirs sous gestion dépassant rarement un million d’euros. Ce sont précisément ces clients qui sont tentés de rapatrier leurs avoirs vers leur pays d’origine, après s’être mis en conformité avec leurs fiscs nationaux.

Les établissements doivent désormais chasser les épargnants de plus haut calibre, avec des fortunes très structurées dont les montants oscillent entre 20 et 30 millions d’euros. Or, sur ce créneau de la gestion de fortune très haut de gamme, le Luxembourg a un concurrent redoutable, la Suisse, et doit affronter de nouveaux acteurs, notamment en Asie.

Un étude du cabinet PWC sur l’avenir de la banque privée au Luxembourg indique que ce secteur est «à la croisée des chemins» et que la croissance des revenus sur le segment de la gestion privée devrait s’afficher à 7% en 2014, alors que ce taux serait de 18% en Suisse et 21% à Singapour et à Hong Kong.

L’autre caractéristique des épargnants qui placent leur argent au Grand-Duché est qu’ils viennent pour l’essentiel d’Europe, notamment des pays voisins: France, Belgique et Allemagne. «Les banquiers privés du Luxembourg, souligne François Génaux, associé de PWC, ont toujours dans leur viseur les pays alentours, qui restent la priorité, même s’ils veulent chasser vers les pays d’Europe de l’Est, d’Asie et d’Amérique latine».

Le secteur financier doit donc se diversifier et s'internationaliser. La place luxembourgeoise ambitionne ainsi de devenir une plateforme internationale pour la gestion du Renminbi, la devise chinoise, au sein de la zone euro. Deux groupes bancaires chinois sont déjà installés au Grand-Duché, et deux autres sont attendus.