Grogne anti-austérité: Portugais et Italiens n'entendent pas s'arrêter là

CRISE Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé au Portugal et en Italie samedi pour protester contre les nouvelles mesures d'austérité annoncées par leurs gouvernements afin de maîtriser les déficits publics...

Bertrand de Volontat

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Un manifestant portugais, dans les rues de Lisbonne, le 19 octobre.
Un manifestant portugais, dans les rues de Lisbonne, le 19 octobre. — PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Ca gronde dans le Sud de l’Europe. Après trois années de mesures de rigueur, les programmes d’austérité n’ont plus la cote en Italie et au Portugal. Pour les deux populations, la liste des sacrifices est longue entre la hausse du chômage, l’augmentation des impôts, la baisse des salaires ou encore la diminution de la participation publique dans les frais de santé.

Les Italiens vont discuter avec le gouvernement

Samedi, plusieurs dizaines milliers de personnes ont manifesté pacifiquement à Rome, afin d'attirer l'attention sur le coût social de la crise économique. L'Italie s'efforce de sortir de deux ans de récession qui ont fait croître le chômage, notamment celui des jeunes. Le Parlement vient d’entamer l'examen du budget pour l'an prochain, qui comporte d'importantes coupes dans les prestations sociales.

Des centaines de personnes ont annoncé dimanche qu'elles continueraient à protester contre l'austérité, les expulsions, et pour des logements moins chers. Une rencontre est prévue mardi entre le gouvernement et une délégation de manifestants afin de débattre des revendications de ces derniers.

Les Portugais attendent toujours une éclaircie

Au Portugal, après les manifestations de samedi, des mouvements de grève pourraient voir le jour dès la semaine prochaine à travers le pays contre l’énième budget d’austérité présenté la semaine dernière par le gouvernement pour 2014, qui touchera de plein fouet le pouvoir d'achat des fonctionnaires et des retraités. Parmi les mesures les plus contestées figurent des réductions des salaires des fonctionnaires allant de 2,5 à 12%, ainsi que les coupes de près de 10% dans les retraites des anciens salariés du secteur public.

«La grogne des Portugais est compréhensible, analyse Sofia Fernandes, chercheur au think tank Notre Europe. En 2011, lors de l'adoption du plan de sauvetage et du programme d'ajustement qui va avec, les Portugais étaient prêts à faire des efforts.» Aujourd’hui, ils attendent toujours une amélioration de leur quotidien. Et ce malgré les indicateurs économiques, qui montrent une amélioration de la situation du pays. «Il est temps de demander une révision crédible et réaliste du rythme de l'assainissement budgétaire. Le Portugal doit demander plus de temps pour revenir sous le seuil des 3% pour son déficit public», poursuit Sofia Fernandes.

Des politiques à bout de souffle

«Il n'y a pas de doutes sur l'effet récessif des politiques d'austérité qui  mènent à une réduction du revenu disponible des ménages et par conséquent de la consommation. Du coup, les recettes diminuent augmentant la pression du côté des dépenses. C'est un cercle vicieux qu'il faut casser», affirme Sofia Fernandes.

«Ces programmes d’austérité sont étonnamment similaires aux politiques d’ajustement structurel onéreuses imposées en Amérique latine dans les années 1980-1990. Ces politiques se sont soldées par un échec», constate une analyse d’Oxfam titrée «Le piège de l’austérité». Parmi les solutions avancées par le chercheur, les plus bas salaires doivent être épargnés, les dépenses d'éducation qui ont souffert des baisses importantes ces trois dernières années, protégées, la productivité de la main d'œuvre doit être améliorée par une meilleure qualification et la lutte contre l’importante fraude fiscale plus efficace. «Le problème reste que de telles mesures prennent du temps à produire des résultats et nous sommes dans une situation d'obligation de résultats immédiats.»