Austérité: «Les Portugais ne voient pas le bout du tunnel»

Bertrand de Volontat

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Illustration du Portugal
Illustration du Portugal — PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Après les manifestations de ce samedi, des mouvements de grève pourraient être observés dès la semaine prochaine à travers le pays en réaction à l’énième budget d’austérité présenté par le gouvernement pour 2014. Sofia Fernandes, chercheur au think tank Notre Europe, explique à 20 Minutes les raisons de cette grogne populaire.

>> Retrouvez notre analyse des manifestation de samedi et des possibles grèves à venir

La colère des Portugais est-elle justifiée?

Bien sûr, la grogne des Portugais est compréhensible. En 2011, lors de l'adoption du plan de sauvetage et du programme d'ajustement qui va avec, les Portugais étaient prêts à faire des efforts. Après presque trois ans d'austérité marqués par une hausse importante du chômage, des baisses de salaires, une augmentation des impôts, une baisse de la participation publique dans les frais de santé, ils ne voient pas le bout du tunnel. Certes, le gouvernement dira que les indicateurs économiques montrent une amélioration de la situation mais les Portugais attendent une concrétisation dans leur vie quotidienne. Cette crise et sa gestion alimentent également une méfiance croissante vis-à-vis de l'Europe. Pendant les vingt-cinq premières années après l'adhésion du Portugal à la CEE, l'union était pourtant synonyme de prospérité pour les Portugais.

Que peut faire le gouvernement pour éteindre cette grogne?

Le Portugal est considéré comme un bon élève, car le gouvernement fait de son mieux pour respecter les exigences de la Troïka. Il est temps de taper du pied et de demander une révision crédible et réaliste du rythme de l'assainissement budgétaire. Il n'y a pas de doutes sur l'effet récessif des politiques d'austérité qui  mènent à une réduction du revenu disponible des ménages et par conséquent de la consommation. Derrière, les recettes diminuent, augmentant la pression du côté des dépenses. C'est un cercle vicieux qu'il faut casser. Dans un pays où la dette publique dépasse 120% du PIB, l'assainissement budgétaire doit être une mais pas la priorité, la relance de la croissance étant tout aussi importante. Le Portugal doit demander plus de temps pour revenir sous le seuil des 3% pour son déficit public.

Quel type de budget le gouvernement devrait-il présenter?

Les plus bas salaires doivent être épargnés, le seuil initial de 1.500 euros me paraît plus socialement acceptable que celui prévu actuellement de 600 euros. Plutôt que de dire où il faut couper, je préfère souligner où on ne devrait pas couper les dépenses publiques. Je mettrais en premier les dépenses d'éducation qui ont souffert de baisses importantes ces trois dernières années. Aussi, le Portugal doit renforcer la productivité de sa main d'œuvre, mais pas uniquement via une baisse du coût du travail mais par une meilleure qualification. Enfin, le Portugal souffre d'une importante fraude fiscale et l'économie parallèle représente environ 25% du PIB. Une lutte plus efficace permettrait d'augmenter les recettes et de diminuer la pression sur les dépenses. Le problème reste que de telles mesures prennent du temps à produire des résultats et nous sommes dans une situation d'obligation de résultats immédiats.