La Serbie face à une lourde tâche pour sortir l'économie de l'impasse

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Les mesures d'austérité adoptées récemment par le gouvernement serbe pour réduire le déficit budgétaire vont dans la bonne direction, mais risquent de rencontrer des obstacles et d'être insuffisantes pour redresser l'économie, estiment des analystes.
Les mesures d'austérité adoptées récemment par le gouvernement serbe pour réduire le déficit budgétaire vont dans la bonne direction, mais risquent de rencontrer des obstacles et d'être insuffisantes pour redresser l'économie, estiment des analystes. — Andrej Isakovic AFP

Les mesures d'austérité adoptées récemment par le gouvernement serbe pour réduire le déficit budgétaire vont dans la bonne direction, mais risquent de rencontrer des obstacles et d'être insuffisantes pour redresser l'économie, estiment des analystes.

Face à une hausse du déficit qui pourrait atteindre 7,5% du PIB en 2013 et une dette publique qui s'élève actuellement à 60% du PIB, le gouvernement a adopté début octobre une série de mesures, notamment l'augmentation de la TVA de 8 à 10% pour les produits de base et la réduction jusqu'à 25% des salaires dans le secteur public, à partir de 2014.

Au Fonds monétaire international (FMI), que le gouvernement espère convaincre en vue d'obtenir un prêt l'an prochain, on affirme que ces mesures, à condition qu'elles soient mises en œuvre, seront «un pas important dans la bonne direction».

Un prêt du FMI s'élevant à un million d'euro a été gelé en février 2012 à cause du non-respect des engagements par le gouvernement précédent. Les principales conditions sont de ramener le déficit à 4,25% du PIB et la dette publique à 45% du PIB.

L'analyste serbe Milan Culibrk affirme que les mesures présentées par le gouvernement ne seront pas suffisantes pour respecter ces conditions.

Sans une suppression importante de postes dans le secteur public, qui compte quelque 700.000 salariés --sur 1,7 millions employés dans le pays--, le gouvernement serbe ne pourra que continuer à emprunter de l'argent pour couvrir les dépenses, met en garde M. Culibrk.

Le taux de chômage dans ce pays de 7,2 millions d'habitants s'élève actuellement à 24%.

Des salariés du secteur public, tels qu'Irina Todorovic, professeur de 38 ans dans un lycée à Belgrade, déplorent «un autre coup sur les revenus».

«Les enseignants sont déjà humiliés par les plus bas salaires parmi ceux qui sont versés par l’État, qui apparemment n'est pas préoccupé par l'éducation de la future main d’œuvre», dit-elle.

Après la contraction économique de 1,7% en 2012, Belgrade mise sur une croissance de 2% en 2013.

La réduction de la pléthorique administration publique est urgente, estime également l'analyste Sasa Djogovic, de l'Institut d'analyse des marchés de Belgrade (IZIT).

«L’État ne peut pas poursuivre l'endettement pour permettre aux salariés du secteur public ou des compagnies publiques de garder leur travail sur le dos des contribuables», dit M. Djogovic.

Le FMI a invité le gouvernement à réduire l'emprise de l’État sur l'économie et améliorer le climat pour le développement du secteur privé.

Les ministres serbe des Finances, Lazar Krstic, et de l’Économie, Sasa Radulovic, tout récemment nommés, se sont engagés à combattre l'évasion fiscale.

La lutte contre «l'économie souterraine, estimée à 30% du PIB (près de 10 milliards d'euros, ndlr), est une démarche qui pourrait donner des résultats assez rapidement», a déclaré à la presse M. Radulovic, précisant que c'était une des premières recommandations données par l'ancien patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui a accepté récemment de conseiller le gouvernement serbe.

M. Strauss-Kahn n'a pas participé à la préparation des dernières mesures d'austérité, mais il conseillera des responsables serbes sur les futures réformes à adopter à moyen et long terme, explique à l'AFP une source gouvernementale.

Le plan du gouvernement est aussi de s'en prendre à la mi-2014 au problème de 179 compagnies publiques dont la privatisation a échoué et qui coûtent à l’État 550 millions d'euros par an.

M. Culibrk estime toutefois que «tous ces plans ressemblent plutôt à une liste des vœux».

«Attendons de voir ce qui sera mis en œuvre, parce que même les mesures d'austérité seront difficiles à vendre aux syndicats et à une armée d'employés du secteur public», dit-il.

L'agence de notation Fitch Ratings, qui avait confirmé en juillet la note «BB-» pour la Serbie, ne se montre pas plus optimiste.

«Une faible croissance économique et des risques quant à la mise en œuvre (des mesures) représentent un défi important à la réalisation de ces objectifs», selon l'agence.