Grève au Portugal: La grogne monte après l'annonce d'une nouvelle cure d’austérité

CRISE Après la grève générale au Portugal en juin dernier, un nouvel élan populaire face au Budget 2014 couve entre Porto et Lisbonne...

Bertrand de Volontat

— 

Illustration du Portugal
Illustration du Portugal — PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Et une nouvelle révolte sociale au Portugal. L’énième cure d'austérité annoncée ce mardi par le gouvernement portugais pour 2014 a déclenché une montée de la grogne sociale, avec l'appel de plusieurs syndicats à la grève. Pour ce samedi, la CGTP, la principale confédération syndicale du pays, a convoqué deux grandes manifestations à Lisbonne et Porto, pour protester contre «l'appauvrissement des travailleurs».

Le gouvernement a déposé un nouveau budget rigoureux, prévoyant des coupes dans les dépenses publiques et des hausses d'impôts s'élevant au total à 3,9 milliards d'euros, devant ramener le déficit de 5,5% de PIB en 2013 à 4% l’an prochain, comme promis aux créanciers. «C'est une attaque contre l'Etat social» pour le parti socialiste, principale formation de l'opposition, un «coup de poignard dans le dos», selon la CGTP.

La Cour constitutionnelle, bouclier anti-austérité?

Pour atteindre son objectif, le projet de la loi des Finances prévoit des coupes sévères dans les dépenses publiques et des réductions des salaire des fonctionnaires allant de 2,5% à 12% pour les revenus mensuels supérieurs à 600 euros bruts. Le gouvernement prévoit également de réduire de 2% en 2014 les effectifs de la fonction publique sur un total actuellement de 575.000.

Le Parlement portugais a voté ce vendredi une réforme très contestée qui se traduira par des coupes de près de 10% dans les retraites des fonctionnaires supérieures à 600 euros par mois. La mesure permettra au gouvernement de faire des économies de 728 millions. Le gouvernement compte réaliser 100 millions d'euros d'économies supplémentaires grâce à la fixation de conditions de ressources pour le versement de pensions de veuvage, tandis que le recul de l'âge de départ à la retraite à taux plein de 65 à 66 ans lui permettra d'économiser 205 millions d'euros l'an prochain. La réforme pourrait toutefois être rejetée par la Cour constitutionnelle.

Les Portugais estiment avoir suffisamment donné

Une austérité qui pourrait étouffer les premiers bourgeons portugais, le pays commençant à renouer avec la croissance au deuxième trimestre (+1,1%) après deux ans de rigueur et visant une croissance positive sur l’année 2014 (+0,8%). L’objectif du pays est désormais d’éviter d’avoir à redemander un sauvetage à l’UE et au FMI, après l’aide de 78 milliards d’euros reçue en 2011. Mais le taux de chômage reste encore très élevé (16,5% en août dernier contre 7,6% en 2008) même s’il est en baisse sur les derniers mois.

Ce budget «est une attaque brutale contre les fonctionnaires», a estimé Helena Rodrigues, vice-présidente du Syndicat des cadres techniques de l'Etat (STE), proche de l'UGT, l'autre grande centrale syndicale, plus modérée et proche des socialistes. La potion est amère pour les Portugais, qui ont déjà dû faire face cette année à une hausse très sensible des impôts et une baisse des prestations sociales alors que le taux de chômage s'est envolé.

Nouvelle grève générale en novembre?

Le Front commun des syndicats de l'administration publique et le STE ont en outre a appelé à une grève des fonctionnaires le 8 novembre prochain. Les syndicats du secteur des transports ont également annoncé «une quinzaine de grèves pour la période allant du 25 octobre au 8 novembre» ainsi qu'une «manifestation nationale à Lisbonne le 9 novembre». Les syndicats de la poste ont quant à eux prévu une grève le 25 octobre après la décision du gouvernement de privatiser le groupe postal par une mise en bourse de 70% de son capital avant la fin de l'année. Arménio Carlos, secrétaire général de la CGTP, n'a pas exclu de convoquer une nouvelle grève générale, après celle de juin dernier, qui avait mobilisé 50% des salariés, selon les syndicats.