Grèce: doutes sur les bénéfices des privatisations

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Les bailleurs de fonds de la Grèce, Union européenne et FMI, s'impatientent face aux difficultés du programme de privatisations du pays, censé contribuer au redressement de l'économie mais dont la pertinence est controversée. 
Les bailleurs de fonds de la Grèce, Union européenne et FMI, s'impatientent face aux difficultés du programme de privatisations du pays, censé contribuer au redressement de l'économie mais dont la pertinence est controversée.  — Louisa Gouliamaki AFP

Les bailleurs de fonds de la Grèce, Union européenne et FMI, s'impatientent face aux difficultés du programme de privatisations du pays, censé contribuer au redressement de l'économie mais dont la pertinence est controversée.

Après trois ans d'efforts, pour de maigres résultats, le doute s'est installé dans l'opinion publique qui commence à se demander si la vente des entreprises et des biens de l'Etat lui apportera quelque bénéfice.

Pour les syndicats du privé et du public, notamment celui du secteur de l'électricité, il est certain que la privatisation des entreprises de distribution d'électricité et d'eau et des infrastructures de transport entraînera des hausses de tarifs, dans un pays déjà en récession depuis six ans.

Les salaires ont, en moyenne, été revus à la baisse de 22% depuis 2010, selon les statistiques officielles, et le chômage dépasse les 27% de la population active.

l'organisme en charge des privatisations, le Fonds de développement des avoirs de la République hellénique (HRADF), se penche pour l'heure sur la principale raffinerie de pétrole du pays HELPE, des terrains et biens immobiliers, l'autoroute Egnatia (nord), une dizaine de ports, la poursuite de la privatisation de l'aéroport d'Athènes, celle de la Poste, et de trois entreprises en difficulté du secteur de la défense et des mines.

Les économistes sont divisés sur le résultat net à attendre de ces privatisations, dans un marché très déprimé.

«La privatisation des ports et des aéroports contribuera à créer de la confiance, un sentiment positif pour l'investissement, et ce qui est plus important, apportera des bénéfices en terme de qualité de services pour la population», estime Gikas Hardouvelis, économiste pour Eurobank et enseignant à l'université du Pirée.

«Pour les Grecs, le résultat net sera négatif», conteste Costas Melas, de l'université Panteion d'Athènes.

«Lorsque la troïka (des créditeurs internationaux) s'en ira, la richesse des Grecs aura pris un coup énorme. Pas seulement au niveau des entreprises publiques, mais aussi pour leurs biens personnels», ajoute-t-il.

«En Grèce, tout, absolument tout, a été dévalué en moyenne de 30%», dit-il.

Le programme de privatisations est très en retard, et les bénéfices escomptés pour cette année ont été revus à la baisse, de 2,6 milliards d'euros à 1,6 milliard.

A la mi-août, le chef du HRADF a été limogé, après avoir profité de l'avion privé d'un homme d'affaires qui est aussi un des repreneurs de l'entreprise nationale des jeux et paris OPAP.

En un an, la direction du HRADF a changé trois fois de titulaire.

Intérêts partagés

L'OPAP est un sponsor important des clubs de football grecs. Or un des hommes d'affaires qui a racheté l'entreprise contrôle aussi AEK Athènes, une des plus grandes équipes du pays.

Les questions de l'AFP à ce propos auprès des services des Commissaires européens aux finances et à la concurrence sont restées sans réponse.

l'affaire OPAP «montre qu'il y a encore des intérêts partagés... L'économie n'est pas libre, ni transparente», note M. Melas, qui critique aussi la décision récente de l'Union européenne d'approuver la reprise par Aegean Airlines de sa rivale Olympic.

Et le retrait inattendu, en juin, du russe Gazprom, qui était pressenti pour le rachat de l'opérateur de gaz DEPA, a constitué un nouveau contretemps dans les privatisations.

Or, les autorités européennes veulent aller vite.

Cette semaine, Jörg Asmussen, membre du bureau exécutif de la Banque centrale européenne, a répété que la Grèce devait se concentrer sur ses privatisations, face au déficit fiscal attendu en 2014.

Le Premier ministre Antonis Samaras a quant à lui été obligé de démentir le mois dernier des rumeurs selon lesquelles les privatisations seraient confiées à un organise européen.

HRADF «restera entre les mains des Grecs», a-t-il dit à la presse.

«Si on redresse d'abord l'économie, et que les investisseurs potentiels voient la croissance arriver en Grèce, le prix des biens ou entreprises privatisables va monter», estime M. Hardouvelis.

«C'est la raison pour laquelle nous devrions dire aux bailleurs de fonds: stabilisons l'économie, puis nous privatiserons».