Pékin et Tokyo restent condamnés à acheter des obligations américaines

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La crise budgétaire américaine a beau avoir nui à la crédibilité et à l'image des Etats-Unis, la Chine comme le Japon n'ont pour l'instant d'autre choix que d'acheter encore les obligations de l'Oncle Sam, estiment des analystes en Asie.
La crise budgétaire américaine a beau avoir nui à la crédibilité et à l'image des Etats-Unis, la Chine comme le Japon n'ont pour l'instant d'autre choix que d'acheter encore les obligations de l'Oncle Sam, estiment des analystes en Asie. — Kazuhiro Nogi AFP

La crise budgétaire américaine a beau avoir nui à la crédibilité et à l'image des Etats-Unis, la Chine comme le Japon n'ont pour l'instant d'autre choix que d'acheter encore les obligations de l'Oncle Sam, estiment des analystes en Asie.

Les deux grandes puissances économiques asiatiques, premiers détenteurs étranger de titres de la dette américaine, ont fustigé l'impasse politique au Congrès des Etats-Unis, et averti que le défaut de paiment qui vient d'être évité de justesse aurait été dévastateur pour l'équilibre financier mondial et dans leur cas aurait menacé leurs immenses réserves cumulées de quelque 2.400 milliards de dollars d'obligations du Trésor.

Les parlementaires américains sont parvenus mercredi à élever le plafond autorisé de la dette de la première puissance économique mondiale, quasi au dernier moment. Mais ces semaines de crise ont sapé «la crédibilité du dollar comme monnaie de réserve mondiale, déjà entamée par l'usage répété de la planche à billets», a prévenu le quotidien The Australian, évoquant le programme d'achat massif de titres du Trésor par la banque centrale américaine à raison de 85 milliards USD par mois.

Pour ce journal, si Washington s'était retrouvé incapable de faire face à ses obligations financières, d'autres en auraient profité: «Les autorités chinoises souhaitent que leur monnaie soit davantage utilisée dans les réserves mondiales», poursuit The Australian. «En public Pékin a supplié les politiciens américains de relever le plafond de leur dette, mais en privé les Chinois se consolaient avec la stabilité de leur yuan.»

L'agence de presse d'Etat chinoise Xinhua (Chine Nouvelle) a appelé à «un monde désaméricanisé» tandis que le quotidien gouvernemental en anglais Global Times a fustigé «le manque de fiabilité des Etats-Unis» qui menace selon lui leur rang de superpuissance.

Certes, le statut de première monnaie de réserve du dollar n'a pour l'instant rien à craindre, et surtout pas du yuan qui reste non-convertible face à la plupart des grandes devises.

Mais le Global Times a néanmoins souligné que Pékin avait des cartes dans son jeu: la Chine «a d'énormes atouts pour entrer en concurrence avec l'Oncle Sam, car la masse énorme de dette (américaine) qu'elle possède lui donnent du poids dans le rapport de force».

Jeudi, Barack Obama lui-même a déploré les conséquences fâcheuses de cette crise politique à Washington, qui a conduit à la fermeture pour deux semaines de nombreuses administrations.

«Il n'y a probablement rien qui ait fait plus de tort à notre économie et à notre crédibilité dans le monde que le spectacle auquel nous avons assisté ces dernières semaines», a déclaré le président lors d'une intervention solennelle et au ton sombre depuis la Maison Blanche, quelques heures après avoir promulgué une loi mettant fin à 16 jours de paralysie de l'Etat.

«Les dysfonctionnements politiques encouragent nos ennemis et dépriment nos amis», a souligné M. Obama.

L'inquiétude est en effet montée chez le grand allié japonais, dont le ministre des Finances a averti qu'une aggravation de la crise budgétaire pourrait avoir de lourdes conséquences pour l'économie mondiale. Le gouverneur de la Banque centrale du Japon a jugé pour sa part nécessaire «de dissiper les incertitudes entourant la politique budgétaire américaine».

A Tokyo, l'accord de dernière minute a été accueilli avec tiédeur, en sachant que le monde pourrait de nouveau être le témoin impuissant des affrontements de parlementaires américains jouant avec la stabilité financière de la planète.

«Le compromis n'a fait que reporter la nécessaire résolution du problème», a averti Susumu Doihara, économiste à l'Institut de recherche NLI à Tokyo. Mais il a ajouté que les obligations du Trésor américain devraient garder leur statut de valeur refuge, «car il n'y a pas d'alternative».

«Si le Japon décidait de vendre ses obligations américaines, que pourrait-il acheter ? Il possède déjà un montant substantiel de titres libellés en euros», a-t-il précisé. Quant à la Chine, «les obligations chinoises pourraient commencer à représenter une option si elle devient une puissance économique stable, mais ce n'est pas pour tout de suite».

Une manière de dire, comme d'autres experts, qu'il faudra encore pour un moment faire bon gré mal gré avec les titres américains, quelles que soient les vicissitudes au Capitole.