Femmes: Comment briser le plafond de verre dans la fonction publique?

Delphine Bancaud

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Jeune femme à son bureau.
Jeune femme à son bureau. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Difficile d’évoquer une femme ambassadrice, préfet ou directrice d’administration centrale. Et pour cause, elles restent rares à ces postes. A l’occasion de la Semaine de l’égalité professionnelle qui a lieu jusqu’au 20 octobre, les ministères des Droits des femmes et de la Fonction publique organisent ce mardi une conférence sur le plafond de verre dans la fonction publique. Car si l’administration devrait être exemplaire sur le sujet de l’égalité professionnelle, elle en est loin.

La preuve: en 2011, alors que les femmes étaient majoritaires dans les trois versants de la fonction publique (55% des effectifs de l’Etat, 65% de la territoriale et 75% de l’hospitalière), elles ne représentaient que 26% des cadres dirigeants et supérieurs dans la première, 35% dans la seconde et 45% dans la dernière. Une évaporation qu’explique Sophie Pochic, chercheur au CNRS: «Les femmes fonctionnaires subissent une discrimination indirecte. Tout d’abord, parce que pour faire carrière dans l’administration, il faut être sorti de l’ENA. Or, les promotions de l’ENA comptent encore en moyenne seulement un tiers de femmes».

Une autocensure fréquente

Et selon Françoise Guégot, députée et auteur d’un rapport sur le sujet en 2011, si les femmes ne parviennent pas toujours en haut de la pyramide «c’est aussi parce que les hommes ont tendance à coopter sur des postes intéressants des personnes qui leur ressemblent, à savoir des hommes». Autre critère majeur pour progresser dans l’administration selon Sophie Pochic: «la disponibilité extensive». «Le passage en cabinet ministériel où l’on devient nonne de l’Etat est par exemple un excellent tremplin. Or, ces postes proposés entre 30 et 40 ans ne sont pas toujours conciliables avec le fait d’avoir de jeunes enfants». La mobilité géographique répétée demandée aux hauts fonctionnaires constitue aussi un frein pour certaines femmes, dont le conjoint ne peut pas toujours suivre. Et pour couronner le tout «beaucoup d’entre elles font de l’autocensure et ne mettent pas en avant pour obtenir un poste à responsabilité», insiste Françoise Guégot.

Pour contourner certains de ces obstacles, la loi du 12 mars 2012 a fixé objectif ambitieux: atteindre 40% de nominations de femmes aux emplois d’encadrement supérieur et dirigeant au 1er janvier 2018 dans les trois versants de la fonction publique. En cas de non respect de ces dispositions, une pénalité sera due par unité d’emploi manquante (soit 90.000 euros à partir de 2018). Et bien qu’elle soit récente, cette loi a déjà fait bouger les lignes, comme l’explique Isabelle Roux-Trescases, déléguée à la rénovation de l’encadrement dirigeant de l’Etat: «Au 1er janvier 2013, les femmes représentaient 31% des nouvelles nominations de cadres dirigeantes dans la fonction publique d’Etat (contre 24% en 2012) et 34% des nouvelles nominations à des emplois de direction (contre 31% en 2012). Car nous avons diversifié nos viviers de recrutements de femmes, en identifiant des hauts potentiels dans tous les ministères et dans différents corps de métiers».

Reste à savoir si l’effet de la loi sera aussi probant dans la fonction publique territoriale et dans l’hospitalière, le gouvernement n’ayant pas encore communiqué de chiffres à ce sujet. Mais pour démontrer son volontarisme, il a annoncé qu’il parviendrait à l’objectif de 40% de femmes parmi les nouvelles nominations avec un an d’avance sur l’échéance fixée par la loi, soit le 1 er janvier 2017. «Il reste aussi beaucoup à faire pour briser les stéréotypes professionnels à propos des femmes et pour leur permettre de concilier de telles responsabilités avec leur vie de famille», conclut Sophie Pochic.