VIDÉO. Les fabricants de sextoys français à l'assaut du marché mondial

REPORTAGE Le plaisir Made in France essaye de se faire une place dans le monde du sextoy et de redresser l'économie française...

à Hanovre, Audrey Chauvet

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Stand de l'association Plaisir de France au salon Erofame de Hanovre (Allemagne), le 11 octobre 2013.
Stand de l'association Plaisir de France au salon Erofame de Hanovre (Allemagne), le 11 octobre 2013. — A. CHAUVET/20Minutes

De notre envoyée spéciale à Hanovre (Allemagne), Audrey Chauvet

La Gaule attaque. Face aux géants américains de la distribution et aux usines chinoises qui produisent près de 70% des sextoys vendus dans le monde, les fabricants français de jouets pour adultes ont choisi de s’unir afin de représenter le plaisir à la française dans le monde entier. Pour la première fois, le salon Erofame, le plus grand rendez-vous des professionnels du sexe en Europe qui se tenait du 9 au 11 octobre à Hanovre (Allemagne), a accueilli l’association Plaisir de France, constituée au printemps 2013 par des entrepreneurs français résolus à promouvoir le French sextoy.

Des artisans face aux géants

Dans les allées du salon, les logos bleu-blanc-rouge s’affichent fièrement. De la lingerie haut de gamme «sexy chic et fétichiste» de Patrice Catanzaro aux petits jouets ornés de cristaux Swarovski fabriqués à Dourdan (Essonne) par la marque Djogol, le luxe à la française plaît dans le monde entier. Pourtant, les géants de la distribution de sextoys rechignent encore à mettre des produits français au catalogue, déplore Stéphane Turc, président de la société Eymalis et co-fondateur de l’association Plaisir de France. «Les membres de notre association sont souvent obligés d’avoir deux boulots pour vivre car les distributeurs français et les banques ne les soutiennent pas», explique-t-il. Ainsi, lorsque Richard Fahl, PDG de Concorde, le premier distributeur français de produits coquins implanté à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) depuis 45 ans, déclare que «le Made in France est un gage de qualité», Stéphane Turc s’emporte: «Il fait 25 millions d’euros de chiffre d’affaires mais avec des produits chinois».

Faire du bien au PIB

C’est pour faire une place aux petits français sur un marché trusté par les très grands que l’association Plaisir de France est née de la rencontre entre Stéphane Turc et Sébastien Lecca, l’auteur de la désormais célèbre Tour est folle. Fédérant autour d’eux des fabricants de jouets en bois, de cosmétiques coquins ou de bijoux de corps français, ils prennent leurs marques sur le marché mondial du sextoy et pourraient bientôt créer une marque «Plaisir de France» pour faciliter l’export de ces produits artisanaux garantis 100% Made in France. A Hanovre, Sébastien Lecca a arpenté les allées du salon, Tour est folle en main: «Nous sommes maintenant identifiés et nous faisons partie du paysage mondial», se félicite-t-il. Et l’enjeu économique est de taille: des centaines d’emplois en France dépendent, plus ou moins directement, du marché de l’érotisme, de la plasturgie aux dentelliers.

>> Lire notre reportage dans l’usine qui fabrique la Tour est folle, à Oyonnax (Ain)

Ainsi, dans ses bureaux marseillais, Patrice Catanzaro emploie une douzaine de personnes et en fait travailler une trentaine chez ses sous-traitants. S’il reconnaît que les prix de fabrication restent élevés dans l’hexagone, il assure que cela lui permet de réagir plus vite aux commandes et surtout que «les gens en ont ras-le-bol d’acheter de la merde. Certes, le pouvoir d’achat baisse, mais on commence à s’apercevoir que la qualité médiocre oblige à racheter régulièrement. Des boutiques qui vendaient des produits chinois depuis dix ans reviennent vers nous», se réjouit le créateur de lingerie, qui est fier de réaliser 70% de son chiffre d’affaires à l’export.

>> Le plaisir Made in France en images, à retrouver dans notre diaporama

Forts du succès international de la Tour est Folle, les fabricants regroupés dans l’association Plaisir de France s’attaquent au marché mondial pour le bien du PIB français. De Thierry Germain, tourneur de sextoys en bois précieux dans les Vosges, à Orée Flamm, créatrice de joaillerie coquine implantée à Bordeaux, tous ont rencontré de nombreux acheteurs potentiels sur le salon Erofame. Stéphane Turc a même enregistré une commande japonaise de cinquante «Smartlove», un sextoy français révolutionnaire connecté en Wifi pour faire l’amour à distance avec son (ou ses) partenaire(s). Pour conquérir de nouveaux marchés, l’association a lancé une campagne de financement participative qui leur permettra de faire le tour du monde des salons professionnels de l’érotisme. Pour être patriotiques, contribuez au Plaisir intérieur brut.

>> A lire également: Le sextoy peut-il redresser l’économie française?