La Tour est folle fait du bien à la plasturgie française

REPORTAGE Le sextoy en forme de Tour Eiffel a fait souffler un vent de plaisir sur la vallée de la plasturgie, dans l'Ain...

à Oyonnax, Audrey Chauvet

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Démoulage de La Tour est folle, dans l'usine Viel Plastiques d'Oyonnax (Ain), le 2 octobre 2013.
Démoulage de La Tour est folle, dans l'usine Viel Plastiques d'Oyonnax (Ain), le 2 octobre 2013. — A.Chauvet / 20 Minutes

De notre envoyée spéciale à Oyonnax (Ain), Audrey Chauvet

Paris a sa tour Eiffel, Oyonnax sa Tour est folle. Le godemiché en forme de dame de fer, créé par l’artiste plasticien Sébastien Lecca, est en train de faire le tour du monde mais ses pieds reposent à Oyonnax, dans l’Ain. Une reconversion inattendue dans la vallée de la plasturgie, confrontée à la concurrence chinoise.

Un défi technique

Tout a commencé par un coup de téléphone, au début de l’année 2013. Sébastien Lecca avait dessiné sa tour, mais peinait à trouver un fabricant. «Nous avons envoyé des dizaines de devis, un seul industriel nous a rappelé», explique l’artiste. Cette perle rare, ce fut Daniel Viel, gérant de la société Viel Plastiques, implantée à Oyonnax (Ain) depuis 1952. «J’ai répondu car je suis curieux et que j’ai toujours pensé qu’il ne fallait pas avoir de préjugés sur certains secteurs d’activité», explique Daniel Viel. «Ce qui m’a aussi passionné, c’était de trouver les astuces techniques pour dessiner le moule et utiliser une matière assez souple pour pouvoir être démoulée mais aussi rigide et hypoallergénique pour l’utilisateur.»

Forte de son expérience dans les jouets pour enfants, la société Viel Plastiques était en mesure de produire des jouets pour les plus grands en plastique «biocompatible» qui peut être en contact, parfois très rapproché, avec le corps humain sans risque pour la santé. «Pendant dix ans, nous avons fabriqué des poupées Barbie pour toute l’Europe», se souvient Daniel Viel. Mais quand Mattel est parti voir en Chine si Barbie y était moins chère, la société a commencé à vaciller et c’est Ikea qui lui a donné le coup de bambou: «Les produits que nous faisions pour eux se vendaient mal et nous avons eu des impayés pour 9 millions de francs (environ 1,4 million d’euros). De 160 employés, nous sommes aujourd’hui 6», raconte le plasturgiste.

«Ca a fait rire toute la vallée»

Alors le marché du sextoy, Daniel Viel ne crache pas dessus. Même si aujourd’hui la production de la Tour est folle reste manuelle, avec 720 tours précautionneusement démoulées durant les un ou deux jours de production mensuels, le succès de ce sextoy Made in France pourrait ouvrir des portes à la plasturgie. «J’ai reçu un appel d’un autre fabricant de sextoys français qui ne veut plus produire en Chine», se réjouit Daniel Viel, dont la célébrité dans la région a explosé depuis les articles de presse sur la Tour est folle. «Ca a fait marrer mes employés, et ça a même fait rire toute la vallée», s’en amuse l’industriel.

Pour Sébastien Lecca, faire fabriquer sa Tour est folle en France était une exigence de cohérence. «Nous voulons nous appuyer sur l’image de la France pour exporter», explique le créateur, qui a des perspectives de ventes aux Etats-Unis, en Russie, en Australie,… La Tour est folle s’est déjà  écoulée à 4.000 exemplaires en six mois et Daniel Viel espère qu’une «nouvelle collection nous donnera du travail pour encore 15 ou 20 ans». Qu’il se rassure, Sébastien Lecca ne manque pas d’idées pour décliner la Tour est folle: lumineuse ou vibrante, la Tour va en voir de toutes les couleurs.