Réforme des retraites: «Le mécontentement des salariés s’exprimera par les urnes»

INTERVIEW L'historien spécialiste des mouvements sociaux Stéphane Sirot explique les raisons de la faible mobilisation concernant la réforme des retraites…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Manifestations des syndicats contre la réforme des retraites du gouvernement Ayrault, à Strasbourg, le 10 septembre 2013.
Manifestations des syndicats contre la réforme des retraites du gouvernement Ayrault, à Strasbourg, le 10 septembre 2013. — G. VARELA / 20 MINUTES

Plusieurs syndicats (CGT, FO, FSU, Solidaires...) organisent ce mardi, jour du vote solennel sur la réforme des retraites à l'Assemblée, une manifestation en forme de baroud d'honneur. Après la faible mobilisation du 10 septembre, Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux explique les raisons pour lesquelles le mouvement de fronde contre ce texte n’a pas eu lieu.

Comment expliquer que la première réforme de retraite menée par la gauche n’ait pas donné lieu à la même mobilisation que lors de la précédente, en 2010?

En 2010, l’unité syndicale avait créé une dynamique favorable à une mobilisation importante, mais elle n’existe plus aujourd’hui. Et avec le changement de direction à la CGT, ce syndicat n’est pas en ordre de bataille pour mener la fronde contre les retraites, comme il l’avait été en 2010. Il faut aussi se souvenir que la mobilisation quoique massive en 2010, avait abouti à un échec. Il est difficile de remobiliser les salariés après cela.

La faiblesse de la contestation tient-elle aussi au contenu de la réforme, qui paraît moins explosif que celle menée il y a trois ans?

Sans doute, car le gouvernement a été habile. Il n’a pas touché au symbole de l’âge de départ à la retraite, même si les conséquences de l’allongement de la durée de cotisation sont les mêmes pour de nombreux salariés. Mais elles sont moins lisibles pour eux. Le gouvernement n’a pas non plus touché au mode de calcul de la pension des fonctionnaires, s’évitant par ce biais leur montée au front. Or, on sait que les fonctionnaires sont le cœur de cible de la majorité des mouvements sociaux en France.

Les salariés ont-ils aussi fini par accepter de guerre lasse qu’il fallait travailler plus longtemps?

Je ne crois pas, car la question des retraites reste très sensible chez eux. Mais leur insatisfaction ne se manifestera pas forcement par un mouvement social. D’autant que la conjoncture joue et qu’ils ne peuvent pas forcement sacrifier des journées de salaires. Leur mécontentement sur le sujet s’exprimera par les urnes lors des élections municipales et européennes.