Pourquoi les abattoirs français ont du plomb dans l'aile

ABATTAGE Les fermetures se multiplient et le secteur souffre d'une crise devenue structurelle...

Céline Boff

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Un abattoir roumain, le 12 février 2013.
Un abattoir roumain, le 12 février 2013. — Vadim Ghirda/AP/SIPA

Perdront-ils tous leurs emplois? Les salariés de la société d'abattage et transformation Gad SAS le sauront ce vendredi. Pour certains, c’est déjà cuit. Mais d’autres peuvent encore espérer une décision favorable du tribunal de commerce de Rennes quant au plan de continuation présenté par la direction de l’entreprise. Celui-ci prévoit de sauver au moins 600 des 1.700 emplois menacés.

Si les fermetures d’abattoirs se multiplient depuis dix ans –une centaine ont déjà clos leurs portes, les professionnels estiment désormais être «confrontés à une crise durable, ce qui est une première dans notre histoire», souffle Dominique Langlois, président de l'Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev) (1).

La faute à la production d’abord. L’élevage, pour l’instant peu soutenu par la PAC, est en recul constant. Ainsi, en 2012, la production de bovins a encore baissé de plus de 6% par rapport à 2011. «Et quand nous perdons nos élevages, nous perdons aussi nos emplois industriels», martèle Philippe Dumas, du groupe coopératif Sicarev.

Sans compter les lourdeurs administratives, qui aggravent un peu plus la situation, comme le dénonce Dominique Langlois: «Nous avions trouvé un producteur prêt à engraisser 1.000 bovins, mais il a fallu plus de deux ans pour qu’il obtienne les autorisations!».

L’Allemagne paye ses ouvriers à peine 4 euros de l’heure

Les professionnels s’agacent également de certaines règles sanitaires, jugées excessives. Par exemple, les tests de dépistage de l’ESB, issus de la crise de la vache folle, que la France continue de rendre obligatoires, contrairement à d’autres Etats européens. Ce qui viendrait, selon les professionnels, affaiblir un peu plus la compétitivité des abattoirs français, déjà fragile.

Gourmands en main d’œuvre, ces établissements souffrent en effet de la concurrence des pays à bas salaires… Qui ne sont pas ceux que l’on croit. L’Allemagne est ainsi montée du doigt, elle qui paye ses ouvriers à peine 4 euros de l’heure, contre 10 euros en France.

Les abattoirs se réjouissent donc de la mise en place du Cice, le Crédit d’impôt compétitivité emploi, qui permet d’alléger le coût du travail. «Mais la loi sur l’écotaxe poids lourds va absorber les trois quarts des bénéfices de ce crédit… Et nous n’avons pas d’autres choix que d’utiliser des camions pour transporter les bêtes et la viande», se lamente Dominique Langlois. 

Si la consommation de viande recule en France et en Europe, qui absorbe 95% des exportations tricolores, les professionnels dénoncent aussi l’attitude de la restauration collective. «Pour elle, le prix est le seul critère qui compte et elle privilégie par conséquent la viande d’importation», explique Dominique Langlois. «La situation pourrait évoluer si, au moins dans les cantines des écoles françaises, nous proposions aux enfants de la viande made in France».

(1)Tous les propos ont été tenus lors d’une table-ronde consacrée à l’abattage et organisée mercredi 9 octobre à l’Assemblée nationale.

Les abattoirs en chiffres

Chaque année, la France importe 500.000 tonnes de viandes et en exporte 700.000 tonnes. Les abattoirs français représentent 380.000 emplois directs, un chiffre d’affaires de 15 à 18 milliards d’euros et un excédent commercial de 1,1 milliard d’euros.