Réforme des retraites: Le gouvernement aurait-il pu faire autrement?

SOCIAL Les Verts et le Front de gauche sont opposés à l’allongement de la durée de cotisation. L’UMP propose une réforme systémique...

Mathieu Bruckmüller

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Bulletins de paie.
Bulletins de paie. — A. GELEBART/20 MINUTES

La première réforme des retraites de la gauche entre en scène à l’Assemblée nationale. Les députés se sont attaqués mardi après-midi  au point le plus polémique, l'article 2 qui prévoit un allongement progressif (d'un trimestre tous les trois ans à partir de 2020) de la durée de cotisation des salariés jusqu'à 43 ans en 2035. Une mesure censée rapporter en bout de ligne 2,7 milliards d’euros par an.

Un projet qui fait l’unanimité contre lui

Mais ce n’est pas tout: dès 2014, le relèvement progressif des cotisations retraites entraînera un manque à gagner de 54 euros par an pour un Smic d’ici 2018. Les retraités ne sont pas épargnés avec le report de l’indexation annuelle des pensions sur l’inflation du 1er avril au 1er octobre et la fiscalisation de la majoration de 10% des pensions des retraités parents de trois enfants et plus.

Si ces mesures doivent résorber en 2020 le déficit du régime général (salariés du privé), évalué à 7,6 milliards d'euros, elles seront insuffisantes pour combler les 20 milliards de déficit de l’ensemble des régimes.

Une chose est sûre: en dehors du PS, le «projet de loi garantissant l'avenir et la justice du système de retraites» fait l’unanimité contre lui. Les députés écologistes déplorent un texte «décevant» où le «financement ne repose que sur les salariés et les retraités». «L'allongement de la durée de cotisation n'est pas une bonne proposition», selon EELV. Une disposition également dans le viseur des élus du Front de gauche et de Jérôme Guedj, membre isolé de l’aile gauche du PS.

Dans la même veine, FO a lancé une pétition contre l'allongement de la durée de cotisation. «Il y a un point clé que je trouve dangereux, stupide, inacceptable c'est de vouloir allonger la durée, de dire à un jeune de 40 ans aujourd'hui: "Demain tu vas travailler jusqu'à 67 ans"», tonne son représentant Jean-Claude Mailly.

L’arme du report de l’âge légal

En théorie, l’exécutif aurait pu jouer sur d’autres leviers plus puissants pour résorber l’ensemble du déficit des retraites. Augmenter d’un point la CSG aurait rapporté 12 milliards d’euros par an, désindexer les pensions durant trois ans économiserait 18 milliards d’euros et relever d’un point les cotisations employeurs permettait de récupérer 8 milliards d’euros. Mais pour éviter de trop peser sur le pouvoir d’achat des Français ou pénaliser la compétitivité des entreprises, le gouvernement a botté en touche.

L’arme massue aurait consisté à relever d’un an l’âge de départ légal à la retraite de 62 à 63 ans, de quoi rapporter 20 milliards d’euros! L'UMP qui dénonce une «anti-réforme» propose ainsi dans son contre-projet de la faire passer à 65 ans. Là encore, l’exécutif n’a pas retenu l’idée.

Colmatage ou réforme durable?

Reculer l’âge de la retraite selon le gouvernement pénaliserait les personnes qui ont commencé à travailler très jeune. De plus, pour l’économiste Henri Sterdyniak, cela suppose de trouver un travail aux salariés jusqu’à 65 ans, sinon la moitié des gains servirait à payer des prestations chômage. Or aujourd’hui, le taux d’emploi des 55-64 ans est encore sous la barre des 50%. Et dans le contexte actuel où le chômage flirte avec les 11%, pousser les seniors à rester en emploi jusqu’à 65 ans se ferait au détriment des jeunes. A cela s’ajouteraient des surcoûts pour les entreprises afin d’adapter les postes de travail des salariés les plus âgés.

Restait l’éventualité d’une réforme systémique à points, inspirée par exemple du modèle suédois. Un mécanisme davantage proportionnel aux revenus accumulés par chacun au cours de sa carrière. L’UMP propose un tel basculement d’ici 2023 «pour en finir avec les réformes permanentes. Dans le contexte actuel, l’exécutif a lui préféré une réforme «sans grand choc», «a minima», souligne Henri Sterdyniak. De quoi faire passer la pilule avant la prochaine réforme? Le gouvernement a voulu s'inscrire «dans un horizon long, pour rompre avec les tentatives de colmatage et de rafistolage passées», se défend la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine.