Avec le talc, Imerys fait parler la poudre dans l'automobile

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Du sable pour la construction à la viande en passant par le pétrole, un Français consomme directement 12 tonnes de matières premières par an, un chiffre qui double si l'on inclut des consommations "cachées", selon une étude diffusée mercredi par le ministère de l'Ecologie.
Du sable pour la construction à la viande en passant par le pétrole, un Français consomme directement 12 tonnes de matières premières par an, un chiffre qui double si l'on inclut des consommations "cachées", selon une étude diffusée mercredi par le ministère de l'Ecologie. — Eric Cabanis AFP

Le talc est mondialement connu pour ses bienfaits sur les fesses des bébés, mais le groupe de minéraux industriels Imerys saupoudre, lui, le marché automobile où la demande est croissante pour alléger les voitures.

«Le marché automobile va très bien pour nous et nous le voyons comme un secteur en croissance», se réjouit le PDG d'Imerys, Gilles Michel, qui ne cache pas «une certaine fierté» deux ans après l'acquisition des activités talc du géant minier Rio Tinto pour environ 250 millions d'euros.

Dès la première année, le chiffre d'affaires de cette activité a progressé de 5% pour atteindre 340 millions d'euros, soit 8,75% des ventes totales du groupe en 2012. «La dynamique est solide», assure M. Michel.

«L'activité est en croissance, la rentabilité est en amélioration et les perspectives sont bonnes», détaille le PDG dont le groupe a organisé ces derniers mois des sortes de «talc-show» dans sa mine de Luzenac, dans l'Ariège, pour montrer l'un de ses derniers bijoux à des analystes financiers et des journalistes.

Imerys, dont l'automobile représente 42% des ventes de talc, tire profit d'une évolution du marché qui fait le malheur des fournisseurs traditionnels du secteur, à l'image du groupe sidérurgique ArcelorMittal qui a vu la demande d'acier reculer de 20% en Europe depuis le début de la crise en 2008.

«Les automobiles doivent réduire leurs émissions de CO2 en s’allégeant et un très bon vecteur pour y parvenir est de substituer de la tôle par du plastique», notamment dans les catégories les plus économiques, explique le PDG.

Renforcer le plastique

Or, l'une de vertus du talc est de renforcer le plastique. «C'est la solution technique privilégiée» pour que les fabricants automobiles puissent avoir recours à du matériel en plastique plus léger, que ce soit pour les tableaux de bords ou pour les haillons arrière, indique M. Michel.

Résultat: Imerys voit ses ventes de talc progresser non seulement sur les marchés où la production automobile est en hausse, mais aussi en Europe de l'ouest où le secteur connaît de sérieuses difficultés.

Avant l'acquisition des activités talc de Rio Tinto, Imerys avait cherché dans son porte-feuille l'ingrédient magique qui se mélangerait avec le plastique, comme le rappelle Thierry Salmona, directeur général Innovation du groupe.

«Nous nous battions avec le fait que nos minéraux n'étaient pas forcément compatibles avec le plastique», avant de disposer du talc de Rio Tinto, se souvient-il.

Depuis deux ans et une intégration «réussie», tout a changé. Rio Tinto était certes présent sur le marché automobile, mais l'arrivée d'Imerys lui a donné une nouvelle impulsion, comme dans d'autres secteurs comme les cosmétiques ou le filtrage d'huile d'olive.

«Nous avions bien préparé l'acquisition en amont et il n'y a pas eu de période flottement», souligne M. Michel.

Pour lui, les employés du talc ont trouvé dans son groupe «une conception du métier similaire à la leur». «Nous avons identifié des zones de développement en commun que nous n'aurions pas pu développer séparément», ajoute-t-il.

Imerys a acheté 22 sites industriels de talc à Rio Tinto. Parmi eux, neuf mines de talc, dont celle de Luzenac, située à 1.600 mètres d'altitude dans l'Ariège et s'étalant sur 1.100 hectares. Elle est l'une des mines à ciel ouvert parmi les plus grandes d'Europe et avait été acquise par le géant minier australien en 1988.

Fort de ce démarrage sur les chapeaux de roue, le groupe n'écarte pas d'autres acquisitions dans le secteur. «Oui, nous sommes ouverts à des opérations», a reconnu M. Michel, qui a toutefois précisé que les gisements de talc ne se trouvent pas forcément dans les pays où le marché automobile se porte bien.

Il y en a certes au Brésil, mais le Japon ou la Corée du sud n'en disposent pas. En revanche, Imerys dispose déjà des usines de transformation au Japon. «Notre position n'y est pas mauvaise et nous la renforçons», précise-t-il.