La «garantie jeune» est-elle «absurde» ou va-t-elle «dans le bon sens»?

SOCIAL Si l’UMP et le MoDem en doutent et fustigent le coût de ce RSA pour les 18-25 ans, les associations saluent un pas dans la bonne direction...

Mathieu Bruckmüller

— 

Une caisse d'allocations familiales (CAF) à Paris, en 2013.
Une caisse d'allocations familiales (CAF) à Paris, en 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

La «garantie jeune» est officiellement sur les rails. Ce mercredi, l’exécutif a présenté en Conseil des ministres ce dispositif annoncé en décembre 2012 à l’occasion de la Conférence nationale contre la pauvreté et destiné aux jeunes précaires de 18 à 25 ans.

La précarité touche un million de jeunes

Sur le million de jeunes confrontés à des difficultés financières, familiales ou encore sociales, 100.000 par an devraient en bénéficier à l’horizon 2016, dont 10.000 à court terme. Dix départements pilotes ont été choisis: l’Aude, les Bouches-du-Rhône, la Seine-Saint-Denis, la Réunion, le Vaucluse, le Lot-et-Garonne, l'Allier associé au Puy-de-Dôme, le Finistère, l'Eure et les Vosges.

Les 20 premiers contrats d’une durée d’un an accordant une allocation d'environ 433,75 euros mensuels ont été signés dans l’Aude. Contrairement au RSA jeune lancé par le gouvernement Fillon qui n’a séduit que 8.000 foyers, la garantie jeune n'est pas conditionnée à une période préalable de travail. 

Une garantie «donnant-donnant» ou «absurde»?

Mais «c'est un donnant-donnant: l'aide publique, contre l'engagement formel du jeune à se former», précise le président du conseil général de l'Aude André Viola (PS); «un contrat d'engagements réciproques», renchérit le cabinet du Premier ministre. Mais qui est loin de faire l’unanimité. 

Le secrétaire général adjoint du MoDem Christophe Madrolle juge la «garantie jeune» à la fois «absurde et contre-productive», en plus d’être «particulièrement coûteuse et aux retombées approximatives». En année pleine, le coût est estimé à 500 millions d’euros. L’UMP dénonce «un système social favorisant l’assistanat au détriment du travail». «Enfin un RSA jeunes», se réjouit à l’inverse Martin Hirsch, le père du RSA et ancien Haut-commissaire à la jeunesse qui souhaite «un système incitatif pour l’emploi et la formation». Cette mesure «va dans le bon sens», se félicite l'Union nationale des syndicats autonomes (Unsa) rappelant que plus de 200.000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans diplôme.

Développer un projet professionnel

A Carcassonne, la première ville à expérimenter «la garantie jeune», les jeunes de 18 à 23 ans, pendant 6 semaines, au sein d’une mission locale, seront ensemble pendant toute la journée de travail, apprendront à instaurer une dynamique de groupe. Ils multiplieront ensuite les contacts avec les employeurs pour «développer un projet professionnel et s'immerger dans le monde du travail».

Pour la Fnars, représentant 870 associations de solidarité, «il ne s’agit que d’une étape en vue de la création d’un droit à l’éducation, c'est-à-dire une formation tout au long de la vie assortie de ressources dès 18 ans». L’OCDE rappelle qu’en proposant le RSA aujourd’hui seulement à partir de 25 ans, les jeunes majeurs sans enfant «se trouvent quasiment exclus du principal dispositif d’aide sociale, «un traitement de défaveur est assez unique dans la zone OCDE, l’aide sociale étant ouverte aux jeunes à partir de 18 ans dans tous les pays» à l’exception de la France, de l’Espagne, du Luxembourg.

Vers un RSA progressif?

Mais l’OCDE souligne que la garantie jeune ne vise que 10% des jeunes sans emploi, sans éducation et sans formation en France. Estimant «qu’une réelle extension du RSA aux jeunes adultes réduirait l’intensité de la pauvreté, l’organisme suggère une allocation progressive de 50% du niveau du RSA (475 euros par mois pour une personne seule sans enfant) à 18 ans à 100% à 25 ans pour un coût annuel proche de 4 milliards d’euros, «à la condition expresse de mettre en œuvre une stratégie d’activation efficace comprenant une formation ou des démarches actives de recherche d’emploi».

Une dépense qui pourrait être intégralement financée par la suppression des avantages procurés par le rattachement des jeunes majeurs au foyer fiscal familial (réduction d’impôt sur le revenu grâce au quotient familial, aux frais de scolarité déductibles dans l’enseignement supérieur et à la déduction des pensions alimentaires…) dont le manque à gagner pour les caisses de l’Etat est de 4,8 milliards d’euros par an.