Airbus: L’A400M prend enfin son envol

David Blanchard

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Un A400m de la firme Airbus.
Un A400m de la firme Airbus. — FRED SCHEIBER / 20 MINUTES

La France a pris livraison lundi du premier de ses cinquante A400M, l'ultramoderne avion de transport militaire européen d'Airbus. Un avion que l’armée française attend avec impatience, elle qui doit jongler entre ses vieux C130 Hercules et Transall C160 pour transporter troupes et matériel sur les différents théâtres d’opération. Il en coûtera 8,4 milliards d’euros à l’Etat.

Sept autres pays ont passé commande auprès d’Airbus Military: Allemagne, Belgique, Espagne, Grande-Bretagne, Luxembourg, Turquie et Malaisie, pour un total de 174 appareils. Le constructeur espère en écouler 400 supplémentaires, à 130 millions d’euros l’unité, dans le monde entier: les marchés d’Afrique, d’Asie ou du Moyen-Orient sont principalement visés.

Un avion aux performances hors normes

Il a fallu dix ans pour parvenir à finaliser la construction de ce géant du ciel construit en Espagne, long de 45 mètres, haut de près de 15 mètres. Ses quatre hélices font plus de cinq mètres de diamètre.

Des dimensions hors normes pour une utilisation présentée comme tout aussi exceptionnelle: l’avion est capable de transporter jusqu'à 37 tonnes sur 3.300 kilomètres, puis de se poser sur des terrains non préparés, comme le sable. Il peut aussi assurer le ravitaillement en vol d’autres avions, ou d’hélicoptères.

Airbus a failli abandonner le programme

L'appareil «répondra vraiment à une nécessité opérationnelle»: grâce à lui, «nous serions allés d'Orléans à Tombouctou», a assuré lundi Jean-Yves Le Drian, en référence à la récente intervention française au Mali. Le ministre de la Défense a souligné «le saut technologique et capacitaire que représente cet avion, à la hauteur de la vingtaine de milliards d'euros que nous y avons investis».

Dessiné à la demande des états-majors européens après la première guerre du Golfe de 1991, qui avait révélé leur manque de moyens, l'A400M a connu une gestation particulièrement difficile. Sa motorisation complexe et des demandes techniques divergentes entre pays clients ont entraîné plus de dix ans de retard. L’organisation interne de l’avionneur a aussi été pointée du doigt. L’abandon du programme a même été évoqué en janvier 2010. Au final, l’avion est livré avec quatre ans de retard et un dépassement de budget de 6,2 milliards d'euros (environ 30%).

Hervé Morin critique la lenteur des livraisons

L'ancien ministre de la Défense Hervé Morin a de son côté regretté lundi une cadence de production de l'A400M revue à la baisse. Dans un communiqué, le député centriste indique qu’«il était initialement prévu que 35 exemplaires de cet avion stratégique et tactique multirôles soient livrés aux forces françaises d'ici à 2020. La dernière de loi de programmation militaire ne prévoit plus que la livraison de quinze A400M d'ici à 2019».