La France est-elle gouvernée par l'Europe?

ECONOMIE Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici était ce jeudi à Bruxelles pour défendre son budget 2014...

Céline Boff

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François Hollande en compagnie du président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, à Bruxelles, le 15 mai 2013.
François Hollande en compagnie du président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, à Bruxelles, le 15 mai 2013. — BERTRAND LANGLOIS / AFP

Jeudi, Pierre Moscovici était à Bruxelles pour présenter son projet de Budget 2014. Qui semble avoir convaincu la Commission européenne puisque celle-ci l’a jugé «responsable et prudent». Il faudra toutefois attendre le 15 novembre pour connaître son avis définitif sur la question.

Du coup, certains s’interrogent. La politique économique de la France se déciderait-elle à Bruxelles plutôt qu’à Paris? Cette question était le thème d’un débat organisé cette semaine à Paris (1) et auquel 20 Minutes a assisté.

«Si la France s’oppose à une mesure, elle ne sera pas adoptée»

«Depuis 2008, la pression de l’Europe sur le budget français s’est considérablement renforcée», estime le député PS Christophe Caresche. Il cite pour preuves le traité budgétaire, mais aussi le six pack et le two pack, deux textes permettant à la Commission européenne de surveiller les budgets nationaux, sans toutefois pouvoir imposer aux pays des réformes structurelles.

Ce qui fait bondir Jean Quatremer, journaliste à Libération: «Mais tout est absolument négocié! Nos politiques veulent nous faire croire le contraire, mais aucune recommandation de la Commission ne sera acceptée si elle ne correspond pas à la volonté de la France.»

Et d’ajouter que c’est surtout le Conseil européen, c’est-à-dire les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, qui décident ensemble de la politique économique à suivre. «Je peux vous assurer que si la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni s’opposent à une mesure, elle ne sera pas adoptée», affirme-t-il, avant d’enfoncer le clou: «Malheureusement, nos politiques ont tendance à communautariser les échecs nationaux et à nationaliser les succès européens.»

«Il faut arrêter de mentir aux Français»

«Pour son budget, la France est sous contrainte, mais c’est une contrainte qu’elle a accepté. L’Etat a lui-même décidé de se lier les mains et c’est une bonne chose parce qu’il a un problème de crédibilité en matière budgétaire», nuance l’économiste Philippe Martin.

Anne Houtman, chef de la représentation de la Commission européenne en France, compare la relation Paris-Bruxelles à celle d’un couple qui emménage ensemble: «Chacun accepte de faire des concessions, car les deux parties savent qu’elles seront mieux ensemble.» Et d’ajouter: «Il faut arrêter de mentir aux Français et de leur faire croire qu’une puissance extérieure leur dicte sa politique. La France a pris des engagements, la Commission est seulement là pour les lui rappeler.»

Pour Jean Quatremer, le vrai problème n’est pas le supposé manque de souveraineté dont souffrirait la France, mais l’insuffisance de la démocratie européenne. Il cite par exemple les mesures d’austérité imposées par la troïka –c’est-à-dire par le FMI, la BCE et la Commission européenne- à la Grèce ou encore au Portugal, qui n’ont jamais été avalisées par le parlement européen.

(1) Débat organisé par TNS Sofres, L’Express, 28 Minutes/Arte et la Commission européenne.