Espagne: malgré l'embellie, l'austérité au menu du budget 2014

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Le gouvernement espagnol approuvera vendredi son projet de budget 2014 et devrait garder le cap sur l'austérité malgré l'imminente sortie de la récession, fonctionnaires et retraités étant les premiers mis à contribution.
Le gouvernement espagnol approuvera vendredi son projet de budget 2014 et devrait garder le cap sur l'austérité malgré l'imminente sortie de la récession, fonctionnaires et retraités étant les premiers mis à contribution. — Gerard Julien AFP

Le gouvernement espagnol approuvera vendredi son projet de budget 2014 et devrait garder le cap sur l'austérité malgré l'imminente sortie de la récession, fonctionnaires et retraités étant les premiers mis à contribution.

Parmi les mesures attendues: un nouveau gel des salaires des employés publics et une modification du calcul des pensions de retraite, qui ne seront plus indexées sur l'inflation.

Ce budget «sera le plus ennuyeux de ces dernières années», tranchait mercredi le quotidien économique Cinco Dias dans un éditorial, car «il semblera le frère jumeau de celui de cette année».

En effet, depuis l'éclatement de sa bulle immobilière en 2008, qui a mis fin à des années d'opulence, l'Espagne s'est convertie à marche forcée à la rigueur, pour assainir ses comptes publics et rassurer marchés et partenaires européens.

La quatrième économie de la zone euro a annoncé en 2012 un programme d'économies atteignant 150 milliards d'euros jusqu'en 2014, sous forme de coupes budgétaires drastiques, notamment dans la santé et l'éducation, ce qui suscite un désarroi social dans un contexte de chômage record (26,3%).

Pourtant, désormais l'horizon semble moins morose: la récession, entamée il y a deux ans, devrait se finir au troisième trimestre, le chef du gouvernement Mariano Rajoy prédisant une croissance de 0,1 à 0,2%.

Le dirigeant a également révisé à la hausse sa prévision pour cette année, anticipant désormais une hausse du PIB de 0,7% contre 0,5% auparavant.

Mais pas question d'abandonner le régime d'austérité, car même si le pays n'est plus au centre des inquiétudes des marchés, ces derniers continuent de le surveiller sur son objectif-clé: la réduction du déficit public, à 6,5% du PIB cette année puis 5,8% en 2014.

«Il est fondamental que le gouvernement avance dans le processus de consolidation budgétaire», mettent en garde les analystes de Bankinter, qui s'attendent ainsi à ce que le projet de budget présenté vendredi «n'élimine pas encore la hausse de l'impôt sur revenu appliquée il y a deux ans».

De même, «le budget inclura certainement la hausse de la TVA dans la santé, de 10 à 21%», estiment-ils, calculant que la mesure rapportera 1 milliard d'euros.

Côté dépenses, le gouvernement a fixé en juin un plafond pour 2014 de 133,26 milliards d'euros, en hausse de 2,7% sur un an.

S'il promet moins de coupes que les autres années, les 2,6 millions d'employés administratifs devraient pourtant voir leur salaire gelé pour la quatrième année consécutive.

«Je suis conscient que nous avons demandé un grand effort aux fonctionnaires», a reconnu Mariano Rajoy mardi devant les sénateurs, en rappelant que leurs rémunérations avaient été baissées de 5% en 2010 et gelées depuis.

«Il est vrai qu'en 2012 nous avons supprimé la prime (de Noël, ndlr), mais il est vrai aussi que nous ne le ferons pas en 2013, ni en 2014», a-t-il assuré, remettant toutefois à plus tard une revalorisation de leurs salaires: «dès que nous pourrons nous améliorerons leur situation».

La vraie nouveauté de vendredi sera la très attendue réforme des retraites, qui sera approuvée en même temps que le budget.

Alors que le Premier ministre conservateur a longtemps répété que sa priorité était de «maintenir le pouvoir d'achat des retraités», la réforme supprime l'indexation des pensions sur l'inflation, une décision vivement critiquée par les syndicats.

Cette indexation était «la seule manière de garantir leur capacité d'achat», a rappelé le syndicat UGT, qui a calculé qu'«au cours des dix prochaines années, selon des estimations prudentes, la réforme du gouvernement fera perdre aux retraités entre 20 et 28% de leur pouvoir d'achat».

«C'est une réforme inutile et malvenue», a estimé l'autre syndicat important du pays, CCOO, qui a lui chiffré la perte de pouvoir d'achat entre 14,8% et 28,3% en quinze ans.

Le gouvernement assure au contraire que sa nouvelle méthode de calcul des pensions, selon une formule complexe incluant un «facteur de durabilité» du système global, garantit mieux le pouvoir d'achat.

Avec cette méthode, les retraites devraient augmenter de 0,25% en 2014 alors que l'inflation, en moyenne depuis le début de l'année, a dépassé 2,1%.