Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, le 11 septembre 2013
Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, le 11 septembre 2013 — ERIC PIERMONT / AFP

Économie

Hausse de la TVA: «Il n'y a pas de raison que les prix des transports augmentent», dit Pierre Moscovici à «20 Minutes»

INTERVIEW – Le ministre de l’Economie revient pour «20 Minutes» sur le Budget 2014...

Le projet de Budget 2014 a été rendu public ce mercredi. Avant de se rendre à Bruxelles ce jeudi pour y défendre les grandes lignes de ce projet de loi de finances, le ministre de l’Economie Pierre Moscovici répond aux questions de 20 Minutes sur la fiscalité des ménages, la hausse de la TVA et l’avenir de l’équilibre budgétaire.

Le président de la République François Hollande souhaitait une pause fiscale pour 2014. Pourtant, elle ne sera pas au rendez-vous pour les classes moyennes et les familles qui verront encore augmenter leurs impôts. Comment justifiez-vous ce choix?

Le budget que présente le gouvernement pour l’année prochaine est tout entier tourné vers la croissance et l’emploi. Il prévoit un allègement d’impôt sur le revenu de près de 1 milliard d’euros, qui bénéficiera principalement aux classes moyennes: c’est inédit. Avec ce que l’on appelle le dégel du barème de l’impôt sur le revenu, nous réduisons l’imposition des Français dont les revenus n’ont pas augmenté et nous préservons les plus modestes; nous augmentons aussi le seuil de la décote, pour accompagner les ménages qui ont les plus faibles revenus. En supprimant des niches fiscales, qui rendent l’impôt injuste, nous contribuons à la réforme de notre système de protection et à la solidarité nationale: je pense par exemple à la majoration de 50% du complément familial pour les allocataires modestes et à la revalorisation de 25% de l’allocation de soutien familial.

Vous communiquez sur des économies de l’Etat sans précédent. Or, il ne s’agit que d’un freinage de la hausse des dépenses. A quand une vraie baisse?

Dès aujourd'hui! Les dépenses de l'Etat progressent spontanément de 7 milliards d’euros par an. Non seulement elles ne progresseront plus mais elles baisseront effectivement de 1,5 milliard d’euros en 2014 hors charge de dette et de pensions. C'est un total 8,5 milliards d’euros d'économies que nous réalisons au niveau de l'Etat. Et à l'échelle de toutes les administrations publiques, y compris de la sécurité sociale, cet effort représente 15 milliards d’euros d'économies. C'est un effort historique!

La TVA passera à 5% sur les tickets de cinéma au 1er janvier, mais pas celle des transports qui augmentera de 7 à 10%. Cette mesure, qui va augmenter le coût des déplacements de millions de Français n’est-elle pas en totale contradiction avec l’objectif de réduction de la consommation d’énergie?

Le crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) bénéficiant au secteur du transport collectif sera supérieur à la hausse de TVA que ce secteur supportera. Il n'y a donc pas de raison que les prix augmentent. Au contraire. Le gouvernement reste par ailleurs très attaché au développement des transports publics. La mise en place de l'écotaxe poids lourds, l’introduction d’une composante «carbone» dans la fiscalité des énergies fossiles et le durcissement du malus pour les véhicules neufs très polluants en sont, pour 2014, trois illustrations.

Avec 82,2 milliards d’euros de déficit public, ne craignez-vous pas que Bruxelles ne donne pas un avis favorable à votre budget 2014?

Permettez tout d'abord de préciser les chiffres. Ce chiffre de 82,2 milliards d’euros inclut les 12 milliard d’euros du programme des investissements d'avenir dont les décaissements s'étaleront sur plusieurs années sans nécessairement affecter notre déficit public. En 2014, ce déficit atteindra 3,6 % de PIB ce qui est parfaitement conforme à la recommandation de la Commission européenne qui a reconnu les efforts sans précédents réalisés par ce gouvernement depuis mai 2012. Je rencontre le commissaire Olli Rehn ce matin même pour lui présenter plus en détail notre budget. Nous travaillons dans un climat de confiance.

Le dernier budget à l’équilibre était présenté il y a presque 40 ans. Pouvez-vous faire la promesse que cela se reproduira enfin, d’ici la fin du quinquennat de François Hollande?

Notre trajectoire est claire. Conformément aux engagements du président de la République, nous visons l'équilibre structurel des comptes publics, c'est-a-dire hors effet de la conjoncture, d'ici la fin du quinquennat. Nous poursuivrons donc notre effort, sans compromettre la croissance, mais en le faisant porter à partir de 2014 sur les seules économies en dépenses.