Confidentialité des données sur Internet: «On laisse tous des traces»

William Molinié

— 

Christophe Camborde, PDG d'Ezakus.
Christophe Camborde, PDG d'Ezakus. — DR

Ezakus est une start-up basée à Bordeaux et pionnière en ciblage d’audience sur Internet. En clair, cette entreprise est en contact à longueur de journée avec les navigateurs internet des utilisateurs. L’algorithme développé par l’entreprise est capable d’analyser les traces que l’internaute laisse sur le web et lui propose des publicités ciblées, basées sur ses historiques de navigation. Christophe Camborde, président-directeur général d’Ezakus milite pour rendre la publicité digitale «plus propre et plus durable».

Comment et quel type de données collectez-vous?

Tout d’abord, nous ne collectons pas d’identités. Le nom, le prénom, l’adresse, la religion, les opinions politiques, de l’internaute ne sont pas de notre intérêt. Nous sommes liés en revanche à ce que sa navigation laisse présager de ses centres d’intérêt. Concrètement, nous analysons les historiques de navigation qui comprennent l’heure, le lieu des pages consultées, les pages vues… On traite 200 millions de signaux de navigation chaque jour. C’est ce que les gens acceptent de donner: clics, adresses de sites visités, parcours de lecture. On laisse tous des traces.

Selon notre sondage, la majorité des Français ne croient pas à la confidentialité de leurs données sur Internet. Ça vous surprend?

Ça n’empêche pas l’e-commerce de progresser. Ils ont donc confiance dans la sécurité en ligne, dans la protection de leurs données de carte bancaire ou moyens de paiement. C’est donc sur la protection de leur identité qu’ils émettent des réserves.

Il faut donc davantage encadrer la collecte de leurs données personnelles?

Il faut surtout informer davantage le grand public. Qui manipule quoi, dans quel cadre? Mais c’est une question de génération. Car pour un jeune aujourd’hui, une publicité qui n’est pas ciblée ou une vidéo qui ne l’intéresse pas sur YouTube, c’est qu’il y a un bug. Il faut que l’internaute puisse dire «non, je ne veux pas être ciblé», donc l’impliquer davantage, afin de rétablir un contrat de lecture. Le fait d’accepter d’être tracé dans un cadre juridique bien particulier peut financer le contenu gratuit.

Ils revendiquent aussi un droit à l’oubli…

Oui, ce qui est assez paradoxal avec le fait qu’ils trouvent cela normal d’être surveillés. Ils n’ont pas envie qu’Internet soit une mémoire et en même temps, ils acceptent d’être surveillés. Les réseaux sociaux l’ont bien compris, on est à la recherche d’un instant. Sur Facebook, on va très rarement voir ce qu’un ami a publié il y a un an.