VIDÉO. Arnaud Montebourg: «Je demande aux Français d'être patriotes»

INTERVIEW Le ministre du Redressement productif répond aux questions de «20 Minutes»...

Propos recueillis par Céline Boff

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Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif
Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif — A. Gelebart / 20 Minutes

Et maintenant, le livre. Arnaud Montebourg, notre ministre du Redressement productif, publie ce mercredi 18 septembre un ouvrage intitulé «La bataille du made in France», aux éditions Flammarion. Montebourg y présente son combat pour le fabriqué local, sur un ton très offensif, voire même guerrier. Rencontre.  

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire cet ouvrage?

Chaque jour, des travailleurs et des entrepreneurs se battent pour produire en France. J’ai voulu donner la parole à ces héraults silencieux et anonymes, raconter leur combat et demander aux Français de les soutenir. C’est un livre optimiste, qui présente des success stories trop méconnues et qui démontre qu’il est parfaitement possible de produire en France.

Mais tout le monde n’a pas les moyens de s’acheter des jouets Smoby ou des ballerines Repetto. D’après une étude du CEPII, remplacer les produits importés par des biens fabriqués en France augmenterait les dépenses des Français de 100 à 300 euros par mois…

D’abord, le made in France n’est pas toujours plus cher. Ensuite, chacun peut évidemment agir selon ses moyens. Mais il est important de rappeler que le made in France est une bataille dans laquelle le consommateur a un pouvoir considérable, sans en avoir forcément conscience. C’est lui qui, avec sa carte bleue, décide chaque jour de la société qu’il veut, des emplois qu’il souhaite créer et conserver.

En termes d’emplois, l’étude du CEPII estime que la relocalisation de l’industrie ne créerait que peu de postes en France…

Je ne suis pas d’accord avec ces analyses. Nous avons perdu 750.000 emplois en dix ans, les bras ballants, parce que les libéraux nous disaient qu’il fallait importer des produits chinois et miser sur les services… Avec les 34 plans industriels que nous venons de présenter, nous allons créer des emplois dans des secteurs nouveaux où des croissances importantes sont attendues à travers le monde.

D’après le cabinet McKinsey, vos 34 plans devraient permettre de créer et de conforter au mieux 479.000 emplois

Ce n’est pas rien! Aujourd’hui, un tiers du chômage est lié à la destruction d’emplois industriels. La part de l'industrie dans la richesse nationale n’est que de 11% en France, alors qu’elle est de 23% en Allemagne, de 17% en Italie et même de 12% au Royaume-Uni, pourtant présenté comme le modèle de la désindustrialisation! Comme nos voisins, nous devons défendre notre «made in» et nous réarmer.

Tout en saluant votre initiative, le Medef demande au gouvernement «d’enclencher rapidement une baisse du coût du travail». Où êtes-vous prêt à aller dans cette voie?

Ca a déjà été fait. Suite au rapport Gallois, la décision a été prise d’affecter 20 milliards d’euros de baisse d’impôt à toutes les entreprises, en fonction de leur emploi de main d’œuvre. Cette mesure, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2014, est un effort considérable et inédit pour faire baisser le coût du travail. Attendons de voir ses résultats.

Vous vous positionnez comme le guerrier du made in France, mais comment pouvez-vous juger vos avancées, puisqu’il n’existe pas d’outil mesurant la progression de ces achats et de cette production?

La première bataille à remporter est culturelle: elle se situe dans la tête de nos concitoyens. Et sur ce terrain, nous avançons. Nous voyons progresser dans toutes les enquêtes d’opinion le désir du made in France. Nous observons également la grande distribution mettre du tricolore dans ses linéaires et sur ses produits. Ensuite, sur les 941 dossiers traités par mes équipes et moi-même, dans lesquels 148.717 emplois étaient menacés, nous en avons préservés 134.180. Voilà la preuve que nous pouvons préserver nos outils industriels.

Quid de l’administration française? Vous souhaitez qu’elle achète français, mais le fera-t-elle en 2014, au vu des nouvelles coupes annoncées?

Mais acheter français, ce n’est pas forcément payer plus cher! Nous ne réclamons pas l’aumône, nous demandons aux acheteurs publics d’être patriotes. Et de faire les choix qui soutiennent l’économie française. Nous sommes en train de demander aux hôpitaux, aux collectivités locales et à l’Etat quelle part représente le made in France dans leurs achats. Nous avons aussi demandé aux entreprises du CAC 40 de faire passer de 16% à 20% la part d’achat dans les PME françaises

Pourquoi vous battez-vous pour le made in France et pas pour le made in Europe? N’est-ce pas l’échelle pertinente pour se défendre et ne pas être retoqué par Bruxelles pour protectionnisme ?

Parce que nous avons 3 millions de chômeurs et que, jusqu’à présent, l’Europe ne nous a pas vraiment aidés. Elle nous empêche plutôt de défendre notre économie.

Combien d’exemplaires espérez-vous vendre et que ferez-vous de l’argent récolté?

Ma seule préoccupation était de proposer cet ouvrage à un prix le plus modique possible –il est à 5 euros– afin que chaque Français quel que soit son revenu puisse -s'il le souhaite-comprendre, se situer et participer à la bataille du made in France.

Etes-vous habillé «made in France» aujourd’hui?

Je porte un costume Smuggler, fabriqué à Limoges. Il est quarante fois moins jetable qu’un costume low-cost, donc à remplacer nettement moins souvent… et beaucoup plus beau.