Industrie: La stratégie du gouvernement tient-elle la route?

Céline Boff

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François Hollande, président de la République, et Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif
François Hollande, président de la République, et Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif — CHARLES PLATIAU / POOL / AFP

Des avions électriques, des voitures en pilotage automatique, des tours de bureaux en ossature bois, des robots qui enseignent ou des textiles qui soignent… Jeudi, François Hollande a présenté l’industrie française de demain, qui sera bâtie dès aujourd’hui à travers 34 plans de bataille.

Ces secteurs dans lesquels l’Etat dit vouloir mettre le paquet ont été sélectionnés en fonction des savoir-faire déjà présents dans l’Hexagone et jugés capables de séduire le monde. Pour autant, et comme le précise François Hollande, «il ne s’agit pas de revenir aux grands plans des années 1960 et 1970 (Concorde, TGV, Ariane, nucléaire, etc. ndlr) où l’Etat était l’inventeur, le prescripteur, le producteur et le client final», mais «de donner un cadre et d’accompagner» cette nouvelle industrie.

«Il faut bousculer ce qui existe déjà»

Concrètement, chacun des 34 plans sera animé par un chef de projet issu du monde industriel, qui pilotera l’ensemble et fera remonter les difficultés et les besoins. Les programmes devront aboutir dans dix ans maximum et tous les six mois, le Premier ministre les passera en revue. Côté finances, le chef de l’Etat a annoncé un soutien de 3,5 milliards d’euros, qui seront pris sur le budget des investissements d’avenir (12 milliards prévus), et viendront s'ajouter aux investissements des industriels.

Philippe Waechter, directeur des études économiques de Natixis Asset Management, s’interroge sur les fonds alloués: «Pour que ces nouvelles industries puissent se développer, il faut mettre les moyens et bousculer ce qui existe déjà. Notamment en transférant les ressources des secteurs fragiles à ceux jugés prometteurs… Ce que nous avons beaucoup de mal à faire en France. Tant que le gouvernement n’explique pas clairement comment il compte faciliter cette bousculade, sa stratégie ne peut être suffisante».

Des emplois en quantité limitée

Quant au Medef, s’il salue cette initiative, il appelle le gouvernement à «enclencher rapidement une baisse du coût du travail et des charges pesant sur les entreprises afin de maximiser la création d'emplois qui pourra découler de cette ambition». En termes d’emplois d’ailleurs, les chiffres avancés par le gouvernement sont loin de faire rêver.

D’après le cabinet McKinsey, ces 34 plans pourraient, dans les dix ans qui viennent, conforter et créer 480.000 emplois… Alors que la France a perdu 750.000 emplois industriels ces dix dernières années. «Penser que l’industrie moderne va créer de nombreux emplois est un fantasme. Elle générera des gains, mais peu de postes. Il faut d’ailleurs se poser dès à présent la question de la répartition de cette future richesse, puisqu’elle ne sera redistribuée qu’à très peu de salariés», avertit Philippe Waechter.