Avec la crise, 900.000 personnes de plus ont basculé dans la pauvreté

Mathieu Bruckmüller

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Le portrait de Coluche dans les locaux des Restos du Coeur de Toulouse.
Le portrait de Coluche dans les locaux des Restos du Coeur de Toulouse. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Cette maxime n’a jamais été aussi vraie en France. Selon une étude de l’Insee sur «les niveaux de vie en 2011» publiée vendredi, la pauvreté ne cesse d’augmenter. Cette année-là, elle touchait 8,73 millions de personnes contraintes de vivre avec moins de 977 euros par mois, soit 14,3% de la population, contre 14% en 2010. Depuis le début de la crise en 2008, ce sont près de 900.000 individus en plus qui se sont retrouvés sous le seuil de pauvreté. 

Progression des inégalités

«La plupart des indicateurs montrent une progression des inégalités», analyse l’Insee. Entre les 10% les plus aisés aveint un niveau de vie 3,6 fois plus important que les 10% les plus pauvres après un rapport de 3,5 en 2010 et 3,4 en 2009.

Explication: une faible revalorisation du smic pour les bas salaires et une flambée des contrats à durée déterminée et à temps partiel. A l’inverse, les plus favorisés bénéficient non seulement d’augmentations plus conséquentes mais aussi du dynamisme des revenus du capital. Résultat: entre 2008 et 2011, les 10% les plus fortunés ont vu leurs revenus progresser en moyenne de 5%, tandis qu’ils ont baissé de 4% pour les 10% les plus pauvres.

100.000 retraités pauvres de moins

Si la part des retraités pauvres a légèrement diminué, passant de 10% à 9,3% en un an, soit 100.000 en moins, grâce à la revalorisation des pensions, le taux de pauvreté des actifs est passé en moyenne de 10,2% à 10,9%. Avec l’allongement des durées de chômage et des revalorisations inférieures à la hausse des prix des indemnités, le nombre de pauvres sans emploi a mécaniquement progressé.

Mais l’Insee constate aussi que le nombre de travailleurs pauvres ne cesse de progresser. Ils sont désormais plus de deux millions, soit 130.000 de plus entre 2010 et 2011. Au final, c’est chez les 18-29 ans que le taux de pauvreté a augmenté le plus passant de 17,7% à 19,4%.

Et selon Noam Leandri, président de l'Observatoire des inégalités, les chiffres de 2012 et en 2013 de la pauvreté seront encore plus mauvais. «Tant que le chômage ne baissera pas, la pauvreté ne reculera pas. Les deux phénomènes se superposent.» Or la baisse durable du chômage n’est pas attendue, au mieux, avant la mi-2014.

Encadré:

En 2011, le niveau de vie médian annuel était de 19.550 euros, soit 1.630 euros par mois. C'est-à-dire que le revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’habitants était pour 50% des Français au-dessus de ce niveau et pour les autres en dessous.