Une femme fait la queue à la pharmacie de la clinique de Phedisong (Afrique du Sud), le 8 avril 2013  lors du lancement d'un nouveau médicament anti-sida.
Une femme fait la queue à la pharmacie de la clinique de Phedisong (Afrique du Sud), le 8 avril 2013 lors du lancement d'un nouveau médicament anti-sida. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Économie

La fin du sida, une histoire d'argent?

SANTÉ – C'est ce qu'affirme un rapport réalisé par la société civile du Fonds mondial de lutte contre le sida...

«Pour la première fois, nous avons la possibilité de battre le sida.» C’est ce qu’affirme le rapport réalisé par l’ICSS pour GFAN, le réseau des plaideurs pour le Fonds mondial de lutte contre le sida. Car, pour stopper la transmission et mettre fin à l’épidémie, les outils actuels suffisent.

Grâce aux antirétroviraux, les patients ont une faible charge de VIH dans leur sang et dans leurs sécrétions génitales, ce qui rend nettement plus faible le risque de transmission, que ce soit lors d’un accouchement ou d’un rapport sexuel non protégé. Autrement dit, un malade prenant ses médicaments a beaucoup moins de risques de transmettre le sida. D’où l’importance de soigner le plus de patients possibles, notamment dans les pays où l’épidémie est galopante, comme en Afrique du Sud.

La France ne veut pas augmenter son budget

Pour l’ICSS, la bataille est donc en passe d’être gagnée… A condition d’y mettre les moyens. En décembre, les fondations et les Etats annonceront le montant de leur contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida pour la période 2014-2016. A priori, ils devraient lui allouer 12 milliards de dollars (9 milliards d'euros), soit 4 milliards (3 milliards d'euros) par an. Insuffisant, estime le rapport, qui chiffre à 15 milliards (11,3 milliards d'euros) le budget nécessaire pour inverser la courbe de l’épidémie.

«Soit seulement 1 milliard (750 millions d'euros) de plus par an», insiste Francesca Belli, de l’association Aides. Si les pays scandinaves –Suède, Norvège, Finlande, Danemark et Islande– ont déjà promis une hausse de leurs contributions, ce n’est pas le cas de la France, qui a prévu de maintenir son budget actuel à 360 millions d’euros. «Il faudrait atteindre 400 millions», insiste Francesca Belli. Pas facile en ces temps de restrictions budgétaires…

«Si nous arrivions à traiter le monde entier, alors oui, nous pourrions venir à bout de l’épidémie»

«Nous sommes certes en période de crise, mais ne pas investir aujourd’hui, c’est nous condamner à payer de très fortes sommes à jamais», avance Céline Grillon, d’Act Up-Paris. D’après le rapport ICSS, un budget de 15 milliards de dollars éviterait la contamination de 3,9 millions de personnes, soit une économie de prise en charge sur le long terme de… 47 milliards.

Pour Marie-Lise Gougeon, directrice de l’Unité immunité antivirale à l’Institut Pasteur, c’est le bon moment pour agir, au vu du nombre de personnes contaminées et de l’efficacité des traitements. «Je ne sais pas s’il suffit de rajouter 3 milliards dans le Fonds mondial pour mettre fin à l’épidémie. En parallèle de la hausse du nombre de personnes ayant accès aux antirétroviraux, on observe une baisse de 20% de nouvelles contaminations depuis 2001. Si nous arrivions à traiter ainsi le monde entier, alors oui, nous pourrions venir à bout de l’épidémie», juge-t-elle.