Transfert d’argent: Ce que cache l’offensive de Western Union

Mathieu Bruckmüller

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Un client dans une agence Western Union
Un client dans une agence Western Union — no credit

Difficile aujourd’hui d’échapper à son logo jaune sur fond noir. Arrivée en France au début des années 90 via un partenariat avec la Banque postale, Western Union a décidé d’appuyer sur la pédale d’accélérateur depuis trois ans.

Un marché juteux

Résultat: la première entreprise au monde de transfert d’argent, née aux Etats-Unis au milieu du 19ème siècle en misant à l’époque sur le télégraphe, est présente dans plus de 8.000 points de vente dans l’Hexagone. Et la marge de progression est encore importante puisqu’il y en a déjà 15.000 en Italie et plus de 500.000 à travers le monde. Il faut dire que le marché du transfert d’argent a de quoi faire saliver.

Les transferts de fonds des migrants vers les pays en développement ont représenté plus de 400 milliards de dollars en 2012, en hausse de 6,5% par rapport à 2011, selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur le sujet. Selon la Banque de France, c’est près de douze milliards d’euros qui ont été envoyés depuis la France par des migrants vers leur pays d’origine. Et l’essentiel d’après l’OCDE est consacré aux dépenses d’éducation, de santé, de consommation courante, jouant ainsi un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté.

Chez Western Union, en France, six clients sur dix viennent d’Afrique et les autres notamment de Turquie, d’Europe de l’Est, du Vietnam et des Philippines. «Nous avons des millions de clients en France qui utilisent nos services en moyenne cinq fois par an avec un pic à l’occasion de fêtes comme le Nouvel An chinois, l’Aïd…» explique Marie-Elise Droga, la présidente en France de Western Union. Mais elle veut en attirer encore plus.

La manne de l’informel

En effet, plus de la moitié des sommes envoyées par les migrants se fait encore de façon informelle, sans passer par des circuits réglementés comme Western Union. L’idée est donc de les convaincre que le transfert d’argent par des sociétés agréées telles que Western Union est un moyen sûr, rapide (en moins de trois minutes, l’argent pourra être réceptionné en espèces à l’autre bout du monde), tout en restant abordable.

«Il y a beaucoup d’exagération sur les tarifs que nous pratiquons et les pourcentages évoqués sont souvent fantaisistes. Les 10% de commissions prélevées sont un mythe. Nous sommes attentifs aux évolutions et attentes des consommateurs et faisons des efforts quotidiens pour réduire nos prix et pour fidéliser nos clients avec une carte de fidélité dénommée “carte Gold”», justifie Marie-Elise Droga. Dans les faits, plus la somme envoyée est importante, moins les frais sont élevés. Pour 200 euros envoyés en Afrique, soit la somme la plus fréquemment envoyée, comptez 7,90 euros de frais, ou encore, pour 1.000 euros envoyés vers la Turquie, comptez des frais d’envoi d’environ 1%. Les frais diminuent encore quand les envois sont réalisés depuis le site Web de Western Union. 

Accroître la proximité

Pour accroître sa visibilité, Western Union, au-delà de sa présence dans près de 6.000 bureaux de La Poste, s’associe à des commerces de proximité et notamment des buralistes qui cherchent avec la baisse des ventes de tabac à diversifier leurs revenus. Ce n’est qu’un début. Western Union pourrait nouer des partenariats dans les mois qui viennent avec des enseignes de la distribution.

Marie-Elise Droga réfléchit également à élargir la gamme de ses produits avec pourquoi pas des cartes prépayées.