Les très bas salaires, face obscure du «plein-emploi» allemand

EMPLOI La précarisation et la hausse des salires sont des thèmes phares de la campagne des législatives du 22 septembre en Allemagne...

avec AFP

— 

Angela Merkel, le 14 août 2013 à Berlin.
Angela Merkel, le 14 août 2013 à Berlin. — Markus Schreiber/AP/SIPA

Avec trois millions de personnes gagnant moins de 6 euros brut de l'heure, l'Allemagne est devenu l'un des pays d'Europe abritant le plus de bas salaires, mais elle a commencé à corriger doucement le tir.

Un taux de chômage de 6,8%... mais une précarisation importante

C'est l'une des principales critiques adressées à Angela Merkel par la gauche allemande dans la campagne électorale pour les législatives du 22 septembre. Certes l'Allemagne affiche l'un des taux de chômage les plus bas d'Europe (6,8% en août), mais au prix d'une précarisation sans précédent d'une partie des salariés.

Pas de salaire minimum

Dans un pays dépourvu de salaire minimum, contrairement à une majorité de pays européens, des rémunérations de 5 euros de l'heure ne sont pas rares parmi les découpeurs de viandes dans les abattoirs, employés de supermarché, ou serveurs dans les hôtels et restaurants... Parallèlement, les conditions sont extrêmement enviables au sein des puissants groupes industriels, notamment dans l'automobile.

Dans la première économie européenne, plus d'un salarié sur cinq (20,5%), près de sept millions de personnes, gagnaient en 2011 moins de 8,50 euros de l'heure, selon l'Institut de recherche sur le travail (IAQ) de Duisbourg Essen. En France, le salaire minimum atteint près de 9,50 euros.

Essor des emplois précaires

L'essor des faibles rémunérations a accompagné celui des emplois précaires: CDD, petits temps partiels, intérim, et «minijobs», des contrats dispensés de charges sociales dont la rémunération est plafonnée à 450 euros par mois. Ces formes d'emplois dites «atypiques» concernaient près de 8 millions d'Allemands en 2012, près de deux fois plus qu'il y a 20 ans, selon l'office allemand des statistiques (Destatis).

«L'Allemagne est le pays de l'Union européenne où la proportion de bas salaires est la plus élevée, derrière la Hongrie et le Royaume-Uni», souligne Andreas Kappeler, économiste spécialiste de l'Allemagne pour l'OCDE, citant une étude portant sur 2010.

Les femmes et les habitants de l'est du pays plus touchés

Les femmes et les habitants de l'est du pays, plus pauvre, ont été les plus touchés par une précarisation qui a pris de l'ampleur après les grandes réformes du chancelier social-démocrate (SPD) Gerhard Schröder entre 2003 et 2005.

Le retour des augmentations

Le candidat SPD aux législatives du 22 septembre, Peer Steinbrück, a reconnu le revers de cette politique considérée par de nombreux économistes comme la thérapie de choc ayant permis à l'Allemagne de réduire un chômage endémique qui touchait encore plus de cinq millions de personnes en 2005.

Peer Steinbrück a promis qu'une de ses premières mesures, s'il était élu chancelier, serait d'instaurer un salaire minimum généralisé de 8,50 euros, dénonçant le «dumping salarial» que Angela Merkel a selon lui trop longtemps toléré. L'Allemagne a désormais «le plus grand secteur à bas salaire en Europe», a-t-il affirmé.

La chancelière conservatrice a fait valoir qu'elle voulait contraindre les partenaires sociaux à négocier des salaires minimaux par branche, comme cela a commencé à se faire sous son mandat.

«L'économie allemande s'est relativement bien portée pendant la crise et cela se répercute sur les revenus», selon M. Kappeler. Les relevés de l'OCDE montrent qu'entre 2007 et 2010, «l'Allemagne est l'un des pays où les revenus ont le plus augmenté... et notamment les plus modestes».