Succès «made in France» (2/5): Dans les coulisses de Haemmerlin, leader mondial de la brouette

REPORTAGE Chaque semaine, «20 Minutes» vous fait découvrir des «champions cachés» de l'économie française...

Floréal Hernandez, à Saverne

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Christophe Vinsonneau, président du groupe CDH (Centaure Duarib Haemmerlin) dans l'usine de production des brouettes Haemmerlin à Saverne, le 12 juillet 2013.
Christophe Vinsonneau, président du groupe CDH (Centaure Duarib Haemmerlin) dans l'usine de production des brouettes Haemmerlin à Saverne, le 12 juillet 2013. — GILLES VARELA/20 MINUTES

Elles sont leader européen voire mondial dans leur domaine, en pointe dans l’innovation et l’export, et pourtant méconnues du grand public. «20 Minutes» est allé à la rencontre de ces entreprises françaises, souvent familiales, qui se jouent de la crise et des aléas boursiers. Des «champions cachés»* qui font la force et la richesse de notre économie.

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A Saverne, dans le Bas-Rhin, on peut parler brouette sans discontinuer. L’usine Haemmerlin à l’entrée de la ville en produit un million chaque année. Dans le showroom du site, Christophe Vinsonneau, le président de CDH Group qui détient Haemmerlin depuis 2008, n’hésite pas se mettre en situation en empoignant les bras d’une brouette orange vif, la Plume, qui pèse moins de 8kg.

«La brouette a une cote d’amour supérieure à d’autres produits, l’escabeau par exemple», lance-t-il. Et Christophe Vinsonneau s’y connaît en escabeau, c’est une spécialité maison de CDH Group qui emploie 350 personnes et qui affiche un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros.

En restant en France, «on est capable d’innover»

Le président du groupe français fait apporter une autre brouette pour la présenter: la Roller validée par l’organisme professionnel de prévention du BTP car sa seconde roue rétractable permet de réduire le mal de dos et les efforts des pros. Il faut l’arrêter avant qu’il ne passe en revue une autre des 650 références de brouettes pour professionnels ou pour particuliers que comptent Haemmerlin.

Sur les chaînes de production de l’usine bas-rhinoise, les brouettes sont omniprésentes mais on trouve aussi des diables, des barrières, des treuils… Cent cinquante salariés travaillent sur le site dont 85 à la production. La plupart habitent dans les 10 km alentours et on trouve plusieurs générations d’une même famille sur le site de 12 hectares.

Malgré des coûts moins importants à l’étranger, Haemmerlin a choisi de rester en France. «Plus on est près de son outil de production, plus on est capable d’innover. Soyons imaginatifs pour développer nos produits», estime Christophe Vinsonneau.

Dans ce but, les méthodes de production ont été optimisées. Si la presse, première étape du cheminement de la brouette dans l’usine, date de 1949 et a été automatisée dans les années 1980. La façon de travailler a été modifiée. Avec «l’ambition de réduire les temps morts et les manipulations», indique le président de CDH Group. Conséquence, 1.900 châssis de brouettes peuvent être produits à la journée.

Ceintrée, emboutie, soudée, peinte et assemblée, la brouette Haemmerlin est ensuite testée. Alourdie d’une plaque de 160 kg, elle roule et se déverse jusqu’à casser. La concurrence est également mise à l’essai et ne résiste pas comme les brouettes maison, nous explique-t-on. «Nous sommes peut-être plus chers mais nous résistons vingt ans de plus», avance Christian Pitisi, le chef d’établissement.

Deux showrooms en Afghanistan

Le site savernois sert également de base de logistique à CDH Group. «On a une à deux journées de stock. Vingt-cinq camions sont prêts à l’avance, détaille Christophe Vinsonneau. 35% de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’export». Europe du Nord et de l’Est, Péninsule arabique, Afrique du Nord et de l’Ouest constituent les principales zones de commerce. «On essaie d’investir les marchés d’après-guerre, annonce le président. On a deux showrooms en Afghanistan. Nos produits sont de première nécessité en termes de reconstruction.»

«Made in France», les brouettes Haemmerlin peuvent se retrouver fabriquées en Chine. «Des contrefaçons!, dénonce Christophe Vinsonneau. On en a trouvé au Koweït avec notre logo et même nos poignées bi-matières avaient été copiées! La contrefaçon est la rançon de la gloire.»

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*Dossier réalisé en collaboration avec Stéphan Guinchard, Directeur chez PwC Advisory et co-auteur de Les champions cachés du XXIe siècle – Stratégies à succès (éditions Economica, octobre 2012).