Pourquoi l’absentéisme dans les entreprises ne connaît pas la crise

Mathieu Bruckmüller

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Absentéisme au travail, un bureau vide.
Absentéisme au travail, un bureau vide. — A. GELEBART / 20 MINUTES

L’absentéisme dans les entreprises est rattrapé par l’allongement de la crise. Alors qu’en 2011 la moyenne des absences pour maladie, accident de travail, accident de trajet et maladie professionnelle avait atteint 14 jours par salarié, un plus bas depuis 2007, il a flambé de 18% l’an dernier pour atteindre 16,6 jours. C’est ce que révèle le 5e baromètre ALMA CG* dévoilé en exclusivité par 20 Minutes.

Un cocktail explosif

En un an, le taux d’absentéisme est donc passé de 3,84% à 4,53. Des chiffres qui n’étonnent pas Yannick Jarlaud, directeur du département santé, sécurité et environnement de travail  d’Alma CG : «Plus la santé financière d’une entreprise est précaire, plus l’absentéisme augmente. Les salariés sont davantage  démotivés et démobilisés . Un facteur renforcé par la dégradation des conditions de travail liées notamment aux réorganisations pas toujours bien vécu en interne et qui pèse sur le moral des équipes. A cela s’ajoute un marché de l’emploi moins dynamique :  avec des chefs d’entreprises plus hésitants que jamais avant de recruter. Résultat : Les salariés ne quittent pas leur emploi mais s'absentent.

Mais l’absentéisme est un phénomène contrasté qui varie fortement selon les catégories socio-professionnelles, l’âge des collaborateurs, le type d’entreprise et les régions. S’il progresse dans le Nord (20,1 jours), la Méditerranée (19,7 jours), le Grand Ouest (18,1 jours), l’Île-de-France (17,5 jours), le Grand Est (15 jours), il diminue pour les régions Rhône-Alpes (13,7 jours) et du Sud-Ouest (13,5 jours).

Un phénomène très contrasté

De profondes divergences apparaissent aussi selon le secteur d’activité. L’absentéisme est significativement en hausse dans le secteur des services (20 jours), impacte toujours celui de la santé (19,7 jours), alors que ceux du BTP (10,3 jours) et de l’industrie (13,8 jours) restent stables.

Cette année encore, les cadres avec un taux d’absence de 2,28% auront été les plus présents. L’écart se creuse avec les employés, techniciens et agents de maîtrise (4,03%) qui rejoignent les ouvriers (4,24%) traditionnellement plus absents. Selon Yannick Jarlaud ,«au-delà de la pénibilité et des conditions de travail, c’est aussi le sens donné au travail et le manque de visibilité dans le processus global qui concourent à un plus grand absentéisme».

Un coût à 7 milliards d’euros pour les entreprises

Mais au final l’addition est salée. Selon les calculs d’Alma CG, la facture minimale pour les entreprises s’élève à 6,98 milliards d’euros. Un coût qui ne tient pas compte des près de 8,8 milliards d’euros versées par la Sécu en indemnités journalières, selon le dernier  rapport de la Commission des comptes. «L’addition de ces deux coûts porterait la facture de l’absentéisme pour le secteur privé à près de 16 milliards d’euros en 2012», envisage le baromètre.

Méthodologie:

Pour réaliser le 5e baromètre de l’absentéisme, l’Institut CSA a recueilli les données auprès des DRH de 323 entreprises représentant 315.801 salariés en 2012, du 18 mars au 6 mai 2013. Alma Consulting Group a retraité les données d’absentéisme brutes pour déterminer ensuite un taux «homogène» d’après un calcul unique. L’objectif étant d’établir des statistiques fiables entreprise par entreprise, dans les différents secteurs d’activité et ce au niveau national et régional (toutes les organisations ne disposant pas des mêmes définitions et règles de paie).