Succès «made in France» (1/5): Dans les coulisses de Darégal, leader mondial des herbes aromatiques

REPORTAGE Chaque semaine, «20 Minutes» vous fait découvrir des «champions cachés» de l’économie française...

Claire Planchard

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Charles Darbonne, PDG de Darégal, dans la serre utilisée pour la 
sélection variétale des plans de basilic, en face de son usine de Milly-la-Forêt (Essonne).
Charles Darbonne, PDG de Darégal, dans la serre utilisée pour la sélection variétale des plans de basilic, en face de son usine de Milly-la-Forêt (Essonne). — Claire Planchard / 20 Minutes

Elles sont leader européen voire mondial dans leur domaine, en pointe dans l’innovation et l’export, et pourtant méconnues du grand public. «20 Minutes» est allé à la rencontre de ces entreprises françaises, souvent familiales, qui se jouent de la crise et des aléas boursiers. Des «champions cachés»* qui font la force et la richesse de notre économie.

C’est un discret corps de ferme niché au sortir de la forêt, à quelques minutes du centre de Milly-La-Forêt (Essonne). Une bourgade de 5.000 habitants à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Devant, seul un discret panneau «Darégal» indique qu’il s’agit du siège du leader mondial des herbes aromatiques surgelées.

Chaînes de fast-food, hypermarchés ou spécialistes de surgelés: les plus grands distributeurs et marques agroalimentaires du monde s’approvisionnent auprès de cette entreprise familiale, créée en 1887 dans cette commune francilienne. «A l’époque mon arrière-arrière-grand-père a inventé un séchoir puis un système de pulsation d’air chaud qui lui a permis de fournir ses herbes aromatiques trois semaines plus tôt que ses concurrents en conservant plus d’arôme. Depuis, chaque génération a apporté sa pierre: mon grand-père a imposé des tracteurs dans les récoltes, mon père a introduit la surgélation dans les années 70, etc.», raconte Charles Darbonne, le nouveau PDG, qui à 35 ans représente la 5e génération à la tête du groupe.

«De la graine à l’assiette»

Pas moins de 126 ans plus tard, Darégal emploie 500 collaborateurs à travers le monde et génère 118 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 70% à l’international. Mais elle règne surtout en maître sur l’ensemble de la filière «de la graine à l’assiette», avec 27 distributeurs dans le monde, quatre usines, 1.500 hectares de culture et 80 agriculteurs, dont certains travaillent pour eux depuis plusieurs générations.

Une position dominante qui l’a contrainte à trouver elle-même les solutions agricoles et industrielles nécessaires à son développement. «Comme nous sommes les seuls sur ce marché, aucun semencier ni aucun fabricant de matériel agricole ne s’intéresse à nous: nous sommes un peu comme une maladie orpheline», plaisante Charles Darbonne. De la sélection variétale des plans de basilic à l’invention de sa récolteuse à ciboulette ou des capuchons doseurs de ses emballages, Darégal a su s’adapter en permanence aux nouveautés.

«Malgré la crise, on arrive à sortir par le haut grâce à l’innovation, car nos actionnaires familiaux acceptent de ne recevoir aucun dividende et nous continuons à réinvestir 5 à 10% de notre chiffre d’affaires dans la R&D», confirme le dirigeant.

Sécurité et innovation à long terme

A l’ère de la traçabilité, sécurisation des approvisionnements et sécurité sanitaire sont aujourd’hui la priorité de tous les instants: création d’une filière d’ail industrielle européenne en Andalousie pour se substituer aux fournisseurs chinois peu contrôlés, pressurisation des salles et traitement de l’eau au micron, «tout est fait pour rassurer le consommateur sur la qualité», assure Charles Darbonne qui constate que ses usines ressemblent désormais de plus en plus à des hôpitaux.

Au-delà de cette révolution industrielle, la bataille commerciale se joue plus que jamais sur le front de la créativité marketing: des herbes pompables aux huiles infusées, le groupe multiplie les innovations produits pour les professionnels qui représentent 80% de ses débouchés, mais aussi pour le grand public. Dernière trouvaille en date: les infusions surgelées.

«Aujourd’hui, on peut chercher à nous concurrencer mais on a une telle avance sur le process que ça va être compliqué, ne serait-ce que pour acheter un terrain ou s’entendre avec des agriculteurs», assure le PDG.

Ses objectifs à lui ne sont pas fixés à six mois par les investisseurs financiers mais à trente-cinq ans, soit la durée d’une génération. «Dans un métier comme le nôtre où il faut dix ans pour développer une nouvelle graine, on ne peut pas travailler à court terme. Dans une entreprise familiale, mon défi est de trouver comment faire en sorte que l’entreprise grossisse plus pour la transmettre à la prochaine génération», confie l’héritier qui vient tout juste de redéposer le nom de l’entreprise Darégal pour 99 ans supplémentaires.

>> La semaine prochaine, découvrez Haemmerlin, leader européen des brouettes, à Saverne (Bas-Rhin)

*Dossier réalisé en collaboration avec Stéphan Guinchard, co-auteur de Les champions cachés du XXIe siècle – Stratégies à succès (éditions Economica, , octobre 2012).