Nestlé va-t-il croquer l’Oréal?

M.B.

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Le siege social de L'Oréal à Clichy, dans les Hauts-de-Seine, en région parisienne.
Le siege social de L'Oréal à Clichy, dans les Hauts-de-Seine, en région parisienne. — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

La partie de poker menteur se poursuit entre Nestlé et l’Oréal. Depuis près de quarante ans, le groupe suisse est actionnaire du groupe de cosmétique fondé par Eugène Schueller, le père de Liliane Bettencourt. Et il détient désormais 29,3% du capital, contre 30,5% pour la famille Bettencourt qui en échange détient 4% de Nestlé.

Les relations tournent au vinaigre

Craignant une nationalisation du groupe en cas de victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1974, la femme la plus riche de France avait alors appelé à la rescousse le spécialiste de l’agroalimentaire. Mais désormais les relations tournent au vinaigre. Depuis 2004, un pacte d’actionnaires lie la famille Bettencourt et Nestlé qui offre un droit de préemption aux deux partenaires en cas de revente des actions. Or, il expire en avril prochain.

Mercredi, Peter Brabeck, patron de Nestlé a fait savoir au quotidien Handelszeitung qu’il ne souhaitait pas prolonger le dispositif en vigueur pour «avoir toutes les options sur la table».

La première: revendre sa participation évaluée à 22 milliards d’euros aux plus offrants sans les proposer d’abord par la famille Bettencourt qui a déjà indiqué vouloir rester actionnaire de l’Oréal.

L’Oréal solidaire des Bettencourt

Dans un entretien accordé ce vendredi aux Echos, le patron de l’Oréal, Jean-Paul Agon, a indiqué que le groupe est prêt aux côtés de la famille Bettencourt à la racheter: «Le groupe n’est pas endetté. Il a une trésorerie positive… et détient une participation (évaluée à 9 milliards d’euros, ndlr) dans Sanofi, dont il a toujours dit qu’elle était financière et pas stratégique».

Une sortie qui a fait bondir le titre du groupe de plus de 4% en fin de journée. Nestlé peut donc se frotter les mains lui qui ne fait pas mystère de son intention de se recentrer sur l’alimentaire.

Nestlé, jusqu’ici «exemplaire»

Mais il pourrait aussi lancer une offre de rachat sur l’Oréal. Pour cela, il devra atteindre le décès de Liliane Bettencourt aujourd’hui âgée de 90 ans. En effet, le pacte d’actionnaires envisage une montée au capital au minimum six mois après la mort de l’héritière. Une solution à laquelle ne croît pas Jean-Paul Agon: «Depuis quarante ans, Nestlé a été un actionnaire exemplaire, qui a pris sa part au développement de l’Oréal. Je pense que Nestlé est attaché lui aussi à un bel avenir pour le groupe».

Dernière hypothèse: le statu quo. Peter Brabeck ne l’exclut pas.