Pourquoi le gouvernement multiplie les concessions à l’égard des entreprises

Mathieu Bruckmüller

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Pierre Moscovici et Pierre Gattaz, le 29 août 2013 à l'Université d'été du Medef
Pierre Moscovici et Pierre Gattaz, le 29 août 2013 à l'Université d'été du Medef — ERIC PIERMONT / AFP

Plus de peur que de mal? Vent debout contre la réforme des retraites du gouvernement présenté mardi, le président du Medef, Pierre Gattaz, l’a juge «inacceptable» et «dangereuse». Le nouveau patron des patrons tire à boulets rouges notamment sur la hausse des cotisations patronales de 0,3 point d’ici 2017 qui en renchérissant le coût du travail entraîneraient selon ses calculs 10.000 chômeurs de plus d’ici dix ans.

«Notre pays va dans le mur»

Mercredi, le successeur de Laurence Parisot depuis juillet a asséné une nouvelle volée de bois vert au gouvernement en ouvrant l'université d'été du Medef: «Notre pays va dans le mur. Nous le savons tous». Une sortie en règle fidèle au «Medef de combat» appelé de ses vœux lors de sa campagne pour prendre la tête de l’organisation patronale. Un discours censé soudé les chefs d’entreprises chauffés à blanc par l’overdose fiscale qu’ils estiment subir.

Une fronde à laquelle l’exécutif semble-t-il prête une oreille très attentive. Pierre Moscovici ce jeudi sur le campus d'HEC à Jouy-en-Josas (Yvelines), qui héberge chaque année l'université d'été de la principale organisation patronale, a annoncé son intention de compenser intégralement «la hausse des cotisations patronales conséquente à la réforme des retraites par une baisse des cotisations famille dès 2014 et pour l'intégralité du mandat».

Aller plus loin dans la baisse du coût du travail

En effet, alors que le gouvernement a accordé une baisse du coût du travail de 20 milliards d’euros par an aux entreprises pour les rendre plus compétitives, il aurait été illisible d’en reprendre une partie pour financer la réforme des retraites. Le ministre de l’Economie a même reconnu qu’il faut «aller plus loin» sur la baisse des charges. De quoi faire rosir de plaisir, un peu, son assistance.

Fidèle à la stratégie demander beaucoup pour avoir un peu, Pierre Gattaz réclame lui un allègement de 100 milliards d'euros au total des charges pesant sur les entreprises, réparti à parts égales diminution des cotisations sociales et baisse d’impôts.

Il a déjà obtenu de Pierre Moscovici que les prélèvements n’augmentent pas l’an prochain. Ce vendredi, de concert, dans un entretien au Monde, le chef de l’Etat a estimé que «le temps est venu» de faire une «pause». Alors que la croissance a repris du tonus au deuxième trimestre avec une hausse de 0,5%, l’exécutif ne veut surtout pas enrayer la dynamique. François Hollande juge même possible une révision «légèrement à la hausse» de la prévision de croissance en 2014 aujourd’hui fixée à 1,2%. 

Des paroles aux actes

«Je n’ai jamais considéré l’entreprise comme un problème, c’est une des solutions», a glissé le patron de Bercy jeudi. A entendre, les applaudissements de l’assistance lors de son intervention, la séance de câlinothérapie a fait son effet. Les patrons attendent donc désormais que le gouvernement passe des paroles aux actes.