Eric Heyer: «La bonne baisse du chômage ne se produira pas avant 2015»

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

— 

Eric Heyer, directeur adjoint département Analyse et Prévision de l’OFCE, le 28 avril 2011.
Eric Heyer, directeur adjoint département Analyse et Prévision de l’OFCE, le 28 avril 2011. — IBO/SIPA

La 27ème hausse du chômage d’affilée annoncée mardi par le ministère du Travail est passée au second plan de l’actualité derrière la crise en Syrie et la réforme des retraites. Eric Heyer, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), revient sur les chiffres du mois de juillet.

Malgré une nouvelle hausse du chômage pour le 27ème mois de suite, le gouvernement parle d’une «tendance à l’amélioration. Partagez-vous cet optimisme?

Non. Il nous annonce des chiffres à un niveau catastrophique (3.285.700 demandeurs sans activité en juillet en France métropolitaine, un record, ndlr), qui se dégrade, mais dit que cela va mieux. Si les chômeurs de catégorie A, sans aucune activité, sont 6.300 de plus, soit 2,5 fois moins qu’en juin, en ajoutant, les personnes ayant eu une activité réduite, c'est-à-dire les catégories B et C, c’est 52.200 personnes de plus qui se sont inscrites à Pôle emploi le mois dernier.

Comment expliquez-vous cette forte progression?

Malgré la faible croissance, plus de 20 millions de contrats de travail sont signés chaque année. Parmi eux, 85% sont des CDD et 66% sont des CDD de moins de un mois. Les contrats cours ne font que progresser. Une précarité qui s’explique par le manque de visibilité des chefs d’entreprises qui renouvellent les CDD plutôt que d’embaucher en CDI.

Que faut-il attendre des mois à venir?

Ce sera du même acabit. Le chômage s’explique par notre population active dynamique où plus de jeunes (environ 800.000) entrent sur le marché du travail chaque année que de seniors qui ne partent (650.0000).Pour le stabiliser, il faut créer 150.000 emplois. Or nous sommes dans une économie qui détruit plus de 100.000 emplois par an. En théorie, le chômage devrait augmenter de 250.000 personnes par an. Le gouvernement essaie de limiter cette hausse avec les emplois aidés non marchands qui viennent compenser une destruction d’emploi dans le privé. Mais cela ne suffit pas à limiter la casse.

L’exécutif martèle sa promesse d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année. Réaliste? 

Avoir un mois ou deux de recul des demandeurs d’emploi est possible. Mais ce n’est pas une inversion de tendance. Nous sommes au 27ème mois de hausse du chômage. Il faudrait qu’il puisse baisser sur la même durée pour parler d’inversion. Pour cela, l’économie doit recréer des emplois avec une croissance de 1,4% (le gouvernement table sur 0,1% cette année).

C’est la seule possibilité?

Il y a trois catégories de baisse du chômage: la très bonne baisse liée à la création d’emplois par les entreprises. Elle ne se produira pas avant 2015. Il y a une baisse un peu moins vertueuse liée à des emplois aidés qui permet de sortir des personnes du chômage dans le secteur non-marchand avec des emplois aidés (le gouvernement en prévoit plus de 400.000 pour 2013, ndlr). Cet effort ne doit pas être relâché tant que la croissance n’est pas repartie.

Et la troisième?

C’est la plus catastrophique. Elle se produit lorsque les chômeurs sont découragés, ne s’inscrivent plus à Pôle emploi et sortent de la population active. Ce phénomène apparaît déjà un peu. Il s’agit d’un effet de flexion. Or, il pourrait s’accroître si le chômage reste à un niveau élevé avec un nombre de chômeur de plus d’un an qui dépasse la barre des deux millions.