Retraites: «Si ça se trouve, on sera morts avant d’en bénéficier», pensent les jeunes

Vincent Vantighem

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Des jeunes au travail (illustration)
Des jeunes au travail (illustration) — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

L’une est étudiante en psychologie. L’autre dans une école de commerce. Et, en ce moment, Anne-Laure et Elena pensent plus à profiter de leurs derniers jours de vacances qu’à leur future retraite. «Il y a eu des informations du gouvernement, interroge la première. On ne le savait même pas…» Mardi soir, pourtant, Jean-Marc Ayrault a annoncé un allongement de la durée de cotisation. Les générations nées après 1973 pourront bénéficier d’une retraite à taux plein après 43 années de cotisation.

Quelques secondes sont nécessaires aux deux copines pour calculer, de tête, à quel âge elles pourront s’arrêter de travailler. «Si ça se trouve, on sera morts avant», lâche Elena. «Oui, ça ne sert à rien d’y penser maintenant. On verra quand on y sera. De toute façon, on n’a pas trop le choix.»

 


Vidéo: propos recueillis par Jonathan Duron

«67 ans? Ah oui, ça fait mal!»

Deux rues plus loin, Romain, 24 ans, grille une dernière cigarette avant de prendre un train qui doit l’emmener à son premier entretien d’embauche. Chemise blanche, cravate impeccable et lunettes de soleil sur le nez, il prétend suivre le débat politique avec attention. Mais quand on lui annonce qu’il devra travailler jusqu’à 67 ans s’il décroche tout de suite son boulot dans l’informatique, il accuse le coup. «Ah oui, quand même? Ça fait mal! C’est assez inquiétant tout ça. Je pensais que c’étaient surtout les générations suivantes qui allaient souffrir…»

Etudiant en apprentissage, Romain n’est pourtant pas le plus démuni. Après avoir eu un appartement pendant quelques temps, il est retourné vivre chez ses parents avec comme objectif d’économiser un maximum. «Les gouvernements suivants vont continuer à allonger l’âge de départ, c’est inéluctable, pense-t-il. La retraite, c’est à nous de la constituer.»

>> Retrouvez notre article sur les annonces du gouvernement.

«Je me bats surtout pour payer mon loyer»

Quentin aimerait bien pouvoir en dire autant. A 27 ans, il bosse déjà depuis deux ans au service marketing de Deezer, entreprise de service qui propose de la musique sur Internet. «J’aimerais pouvoir penser à économiser pour ma retraite. Mais, pour l’instant, je me bats surtout pour payer mon loyer, annonce-t-il. Et je ne veux pas faire une croix sur mes loisirs. La retraite, ça me paraît assez loin.»

Barbe de trois jours et look élégant, le jeune homme a pourtant conscience de l’importance du sujet. «C’est sûr qu’il faudrait penser à épargner ou à s’acheter un appart’ comme les banquiers nous le conseillent…» En disant ça, il se rend compte que ce n’est, quoi qu’il en soit, pas à l’ordre du jour. «Je vais vous dire comment cela va se passer. Ceux qui ont une très belle carrière s’en sortiront. Mais pour le commun des mortels, cela va être une grosse galère!»