Europe: le marché obligataire s'éloigne de la crise de la dette

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Tout juste sortie de récession, la zone euro semble s'engager sur la voie de la reprise avec une activité du secteur privé qui s'est établie en août au plus haut depuis deux ans, selon une enquête publiée jeudi et très surveillée par les marchés financiers.
Tout juste sortie de récession, la zone euro semble s'engager sur la voie de la reprise avec une activité du secteur privé qui s'est établie en août au plus haut depuis deux ans, selon une enquête publiée jeudi et très surveillée par les marchés financiers. — Boris Roessler DPA

Le marché obligataire en zone euro s'éloigne chaque jour un peu plus de la crise de la dette, au point que l'écart entre les taux d'emprunt des pays fragiles et ceux de l'Allemagne est au plus bas depuis l'été 2011.

«Le marché obligataire bénéficie à la fois du soutien indéfectible de la BCE depuis un an et d'indicateurs d'activité plus favorables que prévu depuis quelques semaines. Ce cocktail permet de rassurer les investisseurs», résume René Défossez, stratégiste obligataire chez Natixis.

La normalisation du marché obligataire s'est enclenchée en juillet 2012 grâce au discours du patron de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, qui s'est dit prêt à tout pour sauver l'euro et a proposé de racheter de manière illimitée de la dette publique sous conditions.

Elle se poursuit cet été à la faveur d'une série d'indicateurs économiques rassurants, avec des chiffres de croissance meilleurs que prévu au deuxième trimestre.

Sur le marché de la dette, la prime de risque, mesurée par l'écart entre les taux d'emprunt des pays en difficulté et ceux de l'Allemagne, est retombée à ses niveaux de juillet 2011, soit juste avant le pic de la crise de la dette. Il atteint environ 2,5 points de pourcentage pour l'Espagne et 2,3 pour l'Italie.

Il évoluait encore à 6,3 pour l'Espagne en juillet 2012 et à 5,5 pour l'Italie en novembre 2011.

Cette évolution tient à la détente des taux espagnols et italiens, mais elle résulte plus encore de la remontée récente des taux en Allemagne, dont les obligations sont chères et peu rémunératrices.

«La stabilisation de l'économie fait que les investisseurs prennent plus de risque et se désengagent des obligations qui sont des valeurs refuge, comme celles de l'Allemagne et dans une moindre mesure la France», remarque Christian Parisot, économiste chez le courtier Aurel BGC.

Le taux de l'Allemagne souffre également de sa corrélation avec le taux des Etats-Unis, qui grimpe dans la perspective d'une réduction des rachats d'obligations par la Réserve fédérale américaine (Fed) très probablement avant fin 2013.

De leur côté, les pays les plus fragiles bénéficient d'un retour à une croissance plus vive en zone euro qui pourrait faciliter les ajustements budgétaires.

«Un cercle vertueux peut s'enclencher pour les pays du sud de l'Europe», souligne M. Parisot. Une baisse des taux souverains peut en effet bénéficier aux entreprises qui à leur tour s'endetteront moins cher et pourraient se remettre à investir.

De là à dire que la crise de la dette est un vieux souvenir, il n'y a qu'un pas.

«Il faut rester prudent mais on peut commencer à tourner la page de la crise de la dette. On a en tout cas sûrement passé le pire», selon M. Parisot, pour qui toute la question est de savoir si l'amélioration de l'activité économique est durable.

«Officiellement, la zone euro est sortie de la récession, mais la plupart des Européens ne le sentiront pas (...) Le redressement reste très fragile en raison de la politique budgétaire trop restrictive», estime dans une note Raymond Van der Putten, économiste chez BNP Paribas.

Contraints par des politiques d'austérité de grande ampleur, qui suscitent régulièrement la colère de leurs populations, plusieurs pays de la zone euro sont loin d'être tirés d'affaire.

C'est la raison pour laquelle, «le marché va rester très sensible aux indicateurs», selon M. Parisot, pour qui «il suffira de deux ou trois mauvaises statistiques sur l'Espagne ou l'Italie pour que la prime de risque augmente».

Les investisseurs se méfient par ailleurs des risques politiques, qui peuvent mettre en difficulté une coalition au pouvoir. Sans compter les prochaines élections allemandes qui se tiennent fin septembre et seront scrutées par les marchés.

Enfin, il n'est pas exclu que des pays déjà sous assistance internationale puissent avoir besoin d'une rallonge voire d'un nouveau plan d'aide, comme le Portugal ou la Grèce.

«Quand les choses vont mieux sur le plan économique, on se pose moins la question de savoir qui sont les pays solvables et ceux qui ne le sont pas», relève M. Défossez. Or, selon lui, la question pourrait bien revenir rapidement dans les esprits, ne serait-ce qu'avec le retour prévu du Portugal sur les marchés de la dette en 2014.