Le Royaume-Uni est-il en train de sortir de la crise?

REPRISE Le pays pourrait connaitre une croissance supérieure à 2% au second semestre...

Bertrand de Volontat

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Le Premier ministre britannique, David Cameron, le 3 juin 2013 à Londres.
Le Premier ministre britannique, David Cameron, le 3 juin 2013 à Londres. — A.COWIE / AFP

Boris Johnson et David Cameron n’avaient pas bluffé en déroulant le tapis rouge pour les entrepreneurs français. «Quelque chose se passe dans l’économie», pour reprendre les mots du président François Hollande, mais bien de l’autre côté de la Manche. La banque d’Angleterre (BoE) l’a bien compris cette semaine.

Dans son rapport trimestriel, la BoE a relevé ses prévisions de croissance pour l'économie britannique au second semestre 2013 et les deux années suivantes. La croissance devrait ainsi retrouver le seuil de 2% dès fin 2013-début 2014, et non plus courant 2014 comme précédemment estimé, et s'ancrer au-dessus de ce niveau au moins jusqu'à mi-2016.

La Banque centrale veille. La BoE a opéré ce mercredi un changement majeur sous la houlette de son nouveau gouverneur, le Canadien Mark Carney, en liant tout resserrement de sa politique monétaire ultra-accommodante à la baisse du chômage. Preuve que la reprise reste instable. La BoE a annoncé qu'elle n'envisagera pas de relever son taux d'intérêt tant que le taux de chômage sera supérieur à 7% au Royaume-Uni. Ce dernier s'est inscrit à 7,8% en mai. Pour le gouverneur, «le but est d'aider à consolider la reprise» qui est «en cours», mais reste «faible», après deux années de stagnation.

Des facteurs de croissance insuffisants? Pour Mark Carney, l'économie britannique n'a pas encore atteint la «vitesse de libération» qui permettra à la croissance de décoller. Le pays peut d’ores et déjà s’appuyer sur le «rebond de la production industrielle avec des perspectives favorables de croissance» -certains économistes y voient une possible bulle- dans les secteurs manufacturier, automobile et immobilier, et sur la «hausse de l’activité dans les services», selon l’Eco Flash de BNP Paribas. En revanche, si la confiance des consommateurs remonte, elle est jugée insuffisante pour «parler de reprise de la consommation et de la croissance», relève une note de Natixis.

Des bases plus solides qu’en France. Londres a privilégié la rigueur budgétaire et une politique de soutien aux entreprises. La baisse de la livre a aidé, les exportations depuis 2007 ayant gagné près de 7% contre moins de 4% en France, ce qui a soutenu l’industrie manufacturière. La croissance britannique a été globalement plus forte alors que la politique budgétaire était extrêmement austère. Le gouvernement Cameron a réalisé un effort de réduction des déficits publics de plus de 5 points de PIB entre 2009 et 2012, presque deux fois plus intense que celui de la France.

La relance par l’entrepreneuriat. La politique de relance de l’économie s’est centrée sur l’entreprise et l’entrepreneuriat, avec la baisse de l’impôt sur les sociétés et de la tranche maximale de l’impôt sur le revenu. Depuis le creux de la récession fin 2009, la France a créé 150.000 emplois quand le Royaume-Uni en a créé presque un million. Une dynamique qui pourrait être ternie par la polémique sur les contrats «zéro heure», flexibles mais précaires. Selon un sondage britannique publié cette semaine, un million de personnes seraient employées par des contrats qui ne leur garantissent aucune heure de travail ni aucun salaire minimum. En retour, l’employé n’est pas forcé d’accepter les heures de travail qui lui sont proposées. 

Le gaz de schiste, piste crédible de développement? La Grande-Bretagne ne laisse aucune piste de développement de côté. Il y a trois semaines, le ministre des Finances britannique, George Osborne, a déclaré vouloir faire de la Grande-Bretagne «le leader de la révolution du gaz de schiste», proposant d'abaisser le taux d'imposition sur une partie de sa production.