Crise de l’œuf: Que se passe-t-il avec les producteurs français?

Bertrand de Volontat

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Des oeufs.
Des oeufs. — Kristoffer Tripplaar/ Sipa Press/eggrecall

En un an et demi, les producteurs français d’œufs ont souvent fait parler d’eux. Ce mercredi à nouveau, une vingtaine de producteurs bretons ont détruit «100.000 œufs» devant le centre des impôts de Carhaix, dans le Finistère, la deuxième action de ce type en 24 heures, destinée à protester contre la faiblesse des cours et la surproduction d’œufs. «On est à bout, ces œufs-là, on est prêt à les donner à des pays en voie de développement, mais il ne faut pas qu'ils restent sur le territoire français», a déclaré un porte-parole des manifestants.

Pourquoi protestent-ils?

Les producteurs  protestent depuis plus d’un an contre la faiblesse des cours de l'œuf, les prix ayant été divisés par deux en 15 mois. Les producteurs n’arrivent plus à joindre les deux bouts. La faute tout d’abord à la masse d'importations d'œufs étrangers, notamment d'Espagne et de Pologne, à des prix défiant toute concurrence. En mai dernier, des producteurs avaient à ce titre jeté des œufs devant la maison de famille du ministre de l'Agriculture. Une concurrence causée par la hausse des coûts de production en France et l’amortissement d'importants investissements consentis en application d'une directive européenne sur le bien-être des pondeuses, entrée en vigueur en janvier 2012.

Qu’a changé cette directive?

En mars 2012, les producteurs manifestaient déjà et prédisaient une pénurie d'œufs le temps de la mise aux normes européennes. Ces dernières actaient la fin des cages grillagées et octroyaient un tiers d'espace vital supplémentaire aux 45 millions de poules pondeuses de l'Hexagone, le premier marché européen. Le temps que les éleveurs adaptent leur outil de travail, la production avait en effet reculé et les prix avaient doublé en un an. Depuis, les poulaillers français se sont mis aux normes et les éleveurs tirent à nouveau la sonnette d'alarme, mais cette fois concernant une surproduction de 5% qui tire inexorablement les tarifs vers le bas.

De quels coûts s’agit-il?

Yves-Marie Beaudet, président de la section œufs de l'Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne et des Pays-de-Loire, qui représente 40% de la production française d'œufs, a assuré que «le prix moyen payé aux producteurs est tombé à 75 centimes le kilo, soit 4,57 centimes par œuf, alors que le prix de revient est de 95 centimes».

Que demandent-ils?

Un collectif informel de producteurs en colère a demandé une application «au niveau national» de la réduction de 5% de la production, et la «mise à disposition par l'Etat d'un endroit pour détruire ces œufs» avec «contrôle et suivi de la disposition». Sans suivi de cette action d'ici ce dimanche, le collectif a laissé planer la menace d'une radicalisation du mouvement.

Des solutions ont-elles déjà été prises?

La production française atteint 12 milliards d'œufs par an, soit 33 millions par jour. Pour Christian Marinov, directeur de la Confédération française de l'aviculture, interrogé par Le Figaro, «pour enrayer la surproduction actuelle nous avons pris deux types de mesures. Tout d'abord, la période de vide sanitaire, c'est-à-dire de désinfection des poulaillers entre deux arrivées de poules a été doublée à 6 semaines. D’autre part, le cycle de vie des poules pondeuses, un an habituellement, a été raccourci. Ces mesures devraient permettre au marché de se rééquilibrer rapidement».