Le ramadan a-t-il un impact économique?

COMMERCE Le ramadan est une période paradoxale, mêlant recul de l’activité des travailleurs et hausse de la consommation alimentaire...

B. de V.

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Des patisseries orientales vendues lors de la période du ramadan.
Des patisseries orientales vendues lors de la période du ramadan. — M. Fedouach / AFP

Le ramadan touche à sa fin. Débuté le 10 juillet, il s’achève cette semaine. Les pratiquants n’ont pu ni boire, ni manger, ni fumer, ni même mâcher un chewing-gum entre le lever et le coucher du soleil. Ils ont dîné tard et se sont levés avant l'aube pour petit-déjeuner. Et bien que le ramadan soit tombé durant les vacances d’été, il n'est pas sans conséquence sur l’activité économique.

Un impact difficilement calculable. L’économie stagne voire se replie, constate un journaliste marocain. Les rendez-vous ou décisions stratégiques peuvent être reportées après le jeûne, notamment au niveau gouvernemental. Même si aucun chiffre n’indique que les salariés pratiquant le ramadan travaillent moins pendant cette période, certains économistes évaluent le manque à gagner de l’économie des pays pratiquants à plus de 20%. «La productivité des travailleurs décline de 35 à 50%» pointe même un économiste jordanien, cité par la BBC, mettant en cause les changements d’horaires et de comportements. Un économiste sénégalais constate qu’«il y a forcément une baisse de la productivité pendant le ramadan. Toute la question est de savoir si cela a un impact sur la production annuelle».

Les Français implantés sur place ne commentent pas. Les entreprises françaises interrogées basées dans ces pays, souhaitant garder l'anonymat, ont répondu que cette question n’était pas un sujet traité. Au mieux, les résultats ne peuvent pas être communiqués. Toutefois, elles font remarquer qu’elles «prennent en compte la culture du pays local» et qu’elles «savent à quoi s’attendre» en s’y installant.

Les secteurs qui souffrent. Il n’en reste pas moins que certains secteurs pâtissent du ralentissement, et en premier lieu, le tourisme local. Les musulmans pratiquants voyagent moins durant la période. Une baisse des nuitées globales de l’ordre de 44% et de 59% a été enregistrée pour les résidents au cours du mois de juillet, note dans une étude le Haut-commissariat au plan (HCP), au Maroc. Concernant la fréquentation des hôtels et notamment des palaces en France, les professionnels attendent avec impatience «le retour des clients moyen-orientaux après le ramadan», relève Georges Panayotis, président-fondateur de MKG Group. Les autres secteurs les plus touchés sont l’industrie, l’agriculture et les services, selon des analystes marocains. Le transport ferroviaire est aussi fortement ralenti. 

La consommation alimentaire dopée. La surconsommation de produits alimentaires des familles est un des facteurs clés de cette période. En France notamment, les ménages pratiquant le ramadan (près de 4,7 millions de musulmans) ont déboursé 350 millions d'euros en 2012, selon une étude du cabinet Solis. Ce pic de consommation entraine une hausse des prix de l’alimentaire et des denrées. La flambée dépasse parfois 20% sur certains produits qui rendent le panier de plus en plus léger, alors qu’en moyenne la consommation croît de 30% durant le ramadan. Restaurants, épiceries et surtout les cafés en profitent. Les soirs de ramadan, ces derniers offrent aux habitués la possibilité de se retrouver après l'iftar, le repas de rupture du jeûne, pour boire et manger autour des narguilés. Les vacances estivales qui cette année tombent en même temps que le ramadan ont été un avantage supplémentaire pour eux. En Arabie saoudite, la clientèle a été multipliée par deux à en croire les propriétaires de cafés.

L’effet rattrapage immédiat. L’économie retrouve son cours normal à la fin du jeûne: la consommation se calme et les tarifs baissent. De même, les transports ferroviaires reprennent et les services au Maghreb prévoient un surplus d’activité sur les trois semaines restant au mois d’août. Même constat pour le tourisme qui attend le double de résidents par rapport aux nuitées réalisées le reste de l’année.