Pourquoi Mercedes n’a pas le droit de vendre certains de ses modèles en France

AUTOMOBILE Plus de 5.000 clients attendraient leur voiture...

M.B.
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Stand Mercedes au Mondial de l'Automobile 2010.
Stand Mercedes au Mondial de l'Automobile 2010. — JPDN/SIPA

La guerre est déclarée. Alors que la France bloque depuis la mi-juin l'immatriculation des véhicules Mercedes-Benz des classes A, B et CLA car leur climatisation n'est pas équipée d’un nouveau gaz réfrigérant moins polluant homologué par l'Union européenne, le constructeur a déposé vendredi un recours devant le Conseil d'État contre cette décision. Une audience devrait se tenir peu après le pont du 15 août.

 Un enjeu de poids

L’enjeu est de taille. La moitié des Mercedes vendues dans l'Hexagone sont des modèles compacts du type Classe A et Classe B, a fait avoir une porte-parole de Daimler, la maison mère de la marque allemande, basée à Stuttgart. Ce qui a entraîné un repli de 6,8% des immatriculations de Mercedes en juillet en France et selon son groupement de concessionnaires. La situation pourrait menacer à terme 1.600 emplois dans le réseau de distribution, sur un total de 11.000. De plus, 5.000 voitures vendues ne pourraient pas être livrées.

Le groupe automobile se refuse à utiliser le nouveau fluide, baptisé R1234yf, évoquant le caractère inflammable du produit en cas d'accident et un grave risque pour la sécurité. Mais l’argument qui ne convainc ni les autorités européennes ni Paris. Pour le ministère de l'Ecologie, «la solution repose sur le respect de la réglementation européenne» décidée en 2006 et qui s’applique dans l’Hexagone depuis le début de l’année.

La France fait cavalier seul

Pour l’instant, la France est le seul pays de l’Union européenne à avoir fait jouer la procédure de sauvegarde, qui permet de protéger ses intérêts en restreignant provisoirement certaines importations. L’Italie pourrait lui emboîter le pas. Hasard du calendrier, cette interdiction coïncide avec le refus des autorités allemandes de voir se durcir les règles d'émissions de CO2 pour toutes les nouvelles voitures commercialisées en Europe dès 2020.

Dans sa bataille, Mercedes a reçu un soutien à priori inattendu. «Je me réjouis que Daimler ait eu le cran de mettre le holà à la nouvelle génération» de gaz utilisé pour la climatisation des voitures, a déclaré Wolfgang Lohbeck, spécialiste automobile de Greenpeace. «Les effets (de ce gaz) sur l'environnement sont totalement impossibles à estimer», juge l'expert de Greenpeace, qui appelle à autoriser l'utilisation de l'ancien gaz réfrigérant le temps de trouver une solution.