SERIE d'ETE 1/5 - Votre «voisin» est votre banque

Céline Boff

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Les plateformes de crowdfunding se développent en France.
Les plateformes de crowdfunding se développent en France. — PULSE/SIPA

Louer, prêter, donner, acheter à plusieurs… Mais seulement entre particuliers! Cette consommation dite collaborative a le vent en poupe. Chaque lundi, «20 Minutes» vous fait (re)découvrir l’une de ces pratiques alternatives.
>> Lundi 29 juillet: Besoin d’argent? Votre «voisin» est votre banque
>> Lundi 5 août: Besoin d’un bien? Louez tout, mais vraiment tout à moindre coût
>> Lundi 12 août: Besoin d’aide? Echangez vos compétences
>> Lundi 19 août: Besoin de faire le vide? Donnez!
>> Lundi 26 août: Besoin de faire baisser les prix? Mutualisez vos envies

Avant, il avait un crédit renouvelable. Mais ça, c’était avant. Comme 4.000 autres Français, Alexandre a désormais un crédit contracté auprès… d’autres particuliers. «Ca me coûte bien moins cher: je rembourse 115 euros par mois, contre 270 auparavant, et surtout, pendant une période définie de quatre ans.»

Pour l’instant, un seul établissement est agréé par la Banque de France pour octroyer ce crédit coopératif: la société Prêt d’union. Elle permet aux particuliers d’emprunter des sommes allant de 3.000 à 30.000 euros sur des périodes s’échelonnant de 2 à 5 ans. Les taux d’emprunt sont particulièrement intéressants: sur les crédits inférieurs à 5.000 euros, ils oscillent entre 7,6% et 7,7%. «Pour cette offre, les banques ne proposent que du crédit revolving, à des taux autour de 15%, nous sommes donc deux fois moins cher», avance Charles Egly, l’un des quatre cofondateurs.

Pour les crédits supérieurs à 5.000 euros, les taux varient de 5% à 6,1% -soit 1 à 1,5% en-dessous du marché. Depuis son lancement il y a une vingtaine de mois, Prêt d’Union a déjà octroyé pour 33 millions d’euros de crédits.

>>A lire également, notre article: La consommation collaborative, c'est quoi?

Côté prêteurs, les taux de rendement sont également avantageux, puisqu’ils atteignent 4 à 5,5% par an. Ils sont donc bien supérieurs à celui du Livret A (1,25% à partir du 1er août) ou encore à ceux des emprunts d’Etat à dix ans (autour de 2,3%). Et le risque est limité: «Nous demandons davantage de justificatifs à nos emprunteurs, notamment leurs deux derniers relevés de compte bancaire. Cela nous permet d’éviter les fraudes et de nous assurer que le particulier n’est pas déjà surendetté», détaille Charles Egly.

Thibault, Parisien de 26 ans, a déjà investi 5.000 euros chez Prêt d’union et compte monter en puissance prochainement: «Les taux sont élevés, le risque est faible, le seul bémol, c’est que le capital est immobilisé pendant un temps. Mais ce manque de mobilité est compensé par le versement des intérêts chaque mois. Et puis, c’est très gratifiant moralement: j’ai l’assurance de réellement servir l’économie réelle».

«Nous sommes bien moins gourmands que les banques»

Un crédit peu coûteux pour les emprunteurs et rémunérateur pour les prêteurs… Mais comment fait Prêt d’union? «Les banques ont le monopole du crédit à la consommation et pratiquent donc des taux artificiellement hauts pour les emprunteurs. Nous sommes bien moins gourmands que ces établissements, ce qui nous permet également de mieux récompenser nos investisseurs», répond Charles Egly.

A noter que Prêt d’union ne se rémunère pas sur les intérêts mais sur les frais de dossier, soit 2% prélevés sur la somme empruntée (par exemple, 80 euros pour un emprunt de 4.000 euros).

Mais attention: tout le monde ne peut pas devenir prêteur. «Il faut être un investisseur averti, et notamment avoir déjà passé des ordres en bourse, c’est une condition imposée par la Banque de France», explique Charles Egly. Les choses pourraient toutefois évoluer, puisque le gouvernement se penchera à la rentrée sur le crowdfunding, comprenez le financement par la foule, dans le but de favoriser le développement de cette nouvelle finance.

Vous pouvez aussi…

Recourir aux sites de «crowdfunding» ou, en français, au financement participatif, que ce soit pour obtenir de l’argent auprès de particuliers, leur en donner ou leur en prêter (avec ou sans intérêt). Sachant que c’est surtout la nature de votre projet (artistique, entrepreneurial, etc.) qui incitera les internautes à vous suivre… ou pas. Parmi les principaux sites, citons notamment Smartangels, Wiseed, Ulule ou encore Kisskissbankbank.