Réforme des retraites: Le Medef prêt à faire payer les retraités

SOCIAL Mais seulement pour une durée de trois ans...

M.B. avec AFP

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Pierre Gattaz (centre) et Laurence Parisot (à droite) en juillet 2009 à Paris.
Pierre Gattaz (centre) et Laurence Parisot (à droite) en juillet 2009 à Paris. — Kenzo Tribouillard/AFP

Le Medef se range à l’une des pistes les plus explosives du gouvernement pour réduire le déficit des retraites qui doit atteindre 20 milliards d’euros d’ici 2020.

Trois années de sous-indexation

Alors qu’une nouvelle réforme est attendue à la rentrée, Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, a déjà prévenu que les «efforts devront être partagés par tous». Sous entendu, ce n’est pas simplement les actifs avec l’augmentation de la durée de cotisations ou les entreprises avec une éventuelle hausse des cotisations qui seront seulement mis à contribution. Les retraités aussi devront banquer. Et le Medef n’y est pas opposé.

Dans ses propositions en vue de la réforme l’organisation a indiqué jeudi qu’ «il paraît possible d'accepter une sous-indexation temporaire des pensions de base», selon le document de l'organisation patronale, limitant cette mesure à trois ans.

Le Medef change de position

La sous-indexation consiste à revaloriser annuellement les pensions à un niveau inférieur à l'inflation. En avril dernier cette décision a été prise, à l'initiative du Medef, pour les retraites complémentaires du secteur privé (Agirc-Arrco), régimes gérés par les partenaires sociaux. Mais lors de la Conférence sociale fin juin entre le gouvernement et les partenaires sociaux, l'ancienne présidente de l'organisation patronale, Laurence Parisot, avait refusé cette mesure, arguant qu'elle aboutirait à une «baisse des pensions».La position du Medef, désormais présidé par Pierre Gattaz, a donc évolué sur ce point et l'organisation patronale n'est pas hostile non plus à d'autres mises à contribution des retraités au niveau des avantages fiscaux.

Sur la question de la hausse des cotisations retraite, employeurs et salariés le Medef fait aussi une ouverture et accepterait une hausse de 0,1 point mais avec d'importantes conditions. «Nous pourrions envisager une hausse limitée de 0,1 point pour les retraites», a déclaré le négociateur retraites du Medef Jean-François Pilliard au journal Les Echos. «Si tel était le cas nous demanderions que l'ensemble des cotisations pour la branche famille, soit 5,4 points, soit simultanément transféré des entreprises vers la solidarité nationale via une hausse de CSG ou de TVA», ajoute-t-il.

Recul de l’âge légal

Parmi ses autres propositions, le Medef soutient toujours un nouveau recul de l'âge légal de départ à la retraite (62 ans depuis la réforme Sarkozy), une mesure repoussée par le président François Hollande.

L'organisation patronale demande d'agir à la fois sur l'âge légal et sur la durée de cotisation, et suggère respectivement 63 ans et 43 annuités dès 2020, ce qui serait une forte accélération. Si le gouvernement ne touche pas à l'âge légal, le Medef estime qu'il serait nécessaire d'allonger la durée de cotisation « dès la génération 1954 pour atteindre 44 ans en 2020 pour la génération 1958».Actuellement la durée maximum est de 41,5 ans pour les générations 1955 et 1956.

Le Medef prône aussi «le nécessaire développement de la retraite par capitalisation » (placements financiers), actuellement peu répandue en France par rapport à d'autres pays occidentaux.

MEDEF : 24 propositions pour un équilibre durable du système de retraite publié par Fil_Economie