SERIE D'ETE - Ce qui est à moi est à vous

Céline Boff

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Illustration consommation et argent.
Illustration consommation et argent. — JOEL SAGET / AFP

Louer, prêter, donner, acheter à plusieurs… Mais seulement entre particuliers! Cette consommation dite collaborative a le vent en poupe. Chaque lundi, «20 Minutes» vous fait (re)découvrir l’une de ces pratiques alternatives.
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Soulager son porte-monnaie. C’est généralement la raison qui pousse les Français à se tourner vers la consommation collaborative. C’est-à-dire à acquérir un produit d’occasion, à emprunter des biens à un autre particulier, à échanger des services ou encore à se regrouper pour acheter à plusieurs. Bref, à consommer autrement, en privilégiant l’usage sur la propriété et/ou en optimisant les ressources existantes.

Et puis, «les rencontres se font et des amitiés naissent», raconte Miguel Bregieira, fondateur du site YakasAider.com. Certains portails misent même sur ce lien social, comme Troc-rencontre.fr. Ce site permet de faire des rencontres «amicales et amoureuses» différemment, dans le cadre d’une demande de service, d’un déménagement, etc.

Un Français sur deux est déjà engagé dans ces pratiques

Pour Anne-Sophie Novel, journaliste et économiste, le terme de consommation collaborative est d’ailleurs trop restrictif. Elle préfère parler «d’économie collaborative ou d’économie du partage». Dans son dernier ouvrage intitulé La vie share (1), l’auteure recense les initiatives lancées en France dans les domaines de l’habitat, du transport, du tourisme, des loisirs et du travail. Et insiste: «La revente, le troc ou le don existent depuis la nuit des temps, sauf que le numérique permet de modifier l’ampleur de ces mouvements».

Le phénomène a commencé au début des années 2000 aux Etats-Unis, avec l’apparition de sites comme Ebay, avant de se propager en Europe et en France, où il monte en puissance depuis quatre ans. «La crise de 2008 a précipité l’essor de cette nouvelle économie», analyse Anne-Sophie Novel. Et la tendance est désormais loin d’être marginale. D’après une étude réalisée l’an dernier par l’Obsoco, l’Observatoire des consommations émergentes, plus d’un Français sur deux (53%) est «significativement» engagé dans ces nouvelles pratiques. 

L’enjeu: consommer mieux

Qui saute le pas? D’après l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), chaque pratique collaborative a un public précis. «Par exemple, une majorité des adhérents d’AMAP (2) (44%) habite dans des villes de plus de 200.000 habitants et est féminine (55%). A l’inverse, les pratiquants du covoiturage sont le plus souvent des hommes (54%) et vivent en majorité dans des communes de moins de 20.000 habitants (47%)», précise l’agence dans une étude (3).

Et si ces consommateurs alternatifs «sont souvent des CSP+», note Philippe Moati, co-président de l’Obsoco, le mouvement se démocratise. «Un site comme Le Bon Coin, c’est toute la France qui s’y retrouve», avance Anne-Sophie Novel. Contrairement aux décroissants, les ménages qui se convertissent à ces pratiques ne condamnent pas la société de consommation. 

Au contraire: 69% d’entre eux considèrent que consommer «contribue fortement au bonheur». L’enjeu pour eux, c’est surtout de consommer «mieux». C’est-à-dire de donner du sens à leur achat, de desserrer la contrainte budgétaire, de faire un geste pour l’environnement et de rechercher du lien social. De quoi donner raison à l’artiste américain Léonard Nimoy lorsqu’il disait: «Plus on partage, plus on possède. Voilà le miracle.»

(1) Aux Editions Alternatives, 12 euros.
(2) Une AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) est un partenariat entre un groupe de consommateurs et une ferme, basé sur un système de distribution de «paniers» composés des produits de la ferme.
(3) «Les Français et les pratiques collaboratives: qui fait quoi et pourquoi?», avril 2013.